mercredi 29 juillet 2015

Le parrain

29 juillet 2015
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Homme d’affaires, maître du “Monde” et mécène politique, le richissime fondateur de la maison de couture Yves Saint Laurent manigance dans les coulisses socialistes depuis trente ans. Photo © SIPA

« Je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. »

 Pierre Bergé ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît.
Favorable à la procréation médicalement assistée (PMA), à la gestation pour autrui (GPA) et à l’adoption par les homosexuels, le héraut du lobby LGBT est l’un des grands artisans de la légalisation du mariage gay.
 « Capitaliste » et « révolutionnaire », Bergé appartient à « la gauche la plus extrême, la gauche libertaire » — et c’est lui qui le dit.

Cet expert en mauvaise foi et en colères théâtrales déteste l’Église, le voile islamique, le Téléthon, les syndicats, les 35 heures et les écolos.
Il milite pour le droit de vote des étrangers, la laïcité, l’Europe fédérale, la dépénalisation des drogues, la distribution gratuite de préservatifs au collège et toujours plus d’impôts pour les riches… sauf sur les oeuvres d’art !
Né sur l’île d’Oléron en 1930, ce fils de fonctionnaires anarchistes est un gamin « infernal, paresseux et velléitaire », selon sa mère, qui chante l’Internationale à sa première manifestation, juché sur les épaules de son père.

L’adolescent « athée d’origine protestante » lit Max Stirner et Karl Marx mais refuse la lutte des classes.
 À 28 ans, il fait la rencontre de sa vie : sa liaison avec le couturier Yves Saint Laurent, adulé du Tout-Paris, lui ouvre les portes de l’influence et du pouvoir.


En 1984, Pierre Bergé devient le parrain de SOS Racisme.
 Il est approché par Harlem Désir sur une idée de Julien Dray.
Les deux fondateurs cherchent de l’argent.
 « Leurs objectifs devinrent les miens. Nous étions d’accord sur tout. J’aimais ce mélange de beurs, de juifs, d’Arabes, de métis et d’indistincts comme moi », explique alors le mécène.
D’ailleurs : « Quand on me disait […] qu’ils allaient ouvrir un truc à tel endroit et qu’il leur manquait 100 000 balles, je leur donnais 100 000 balles. »
L’association est aussitôt instrumentalisée par la gauche.
 « Discret et généreux, il nous a ouvert son carnet d’adresses, a rallié les soutiens nécessaires, précise Harlem Désir. Cette extraordinaire aventure a permis de créer un cordon sanitaire autour du Front national. »

SOS Racisme sera plusieurs fois épinglée par la Cour des comptes : les magistrats de la rue Cambon déplorent notamment de « graves insuffisances de gestion et de rigueur » à la fin des années 1990.
 En 2009, Bergé le donateur est entendu comme témoin lors d’une enquête pour abus de confiance visant son « vieil ami » Julien Dray (qui n’aura qu’un rappel à la loi).
L’homme d’affaires a fait un prêt au député PS pour acheter sa maison sur la Côte d’Azur.

Pourtant, Bergé n’a pas toujours eu le cœur à gauche.
En 1974, il a voté Valéry Giscard d’Estaing.
 Il a même menacé de quitter la France si les socialistes étaient élus en 1981.
 C’est par opportunisme qu’il rejoint tardivement le premier cercle de Mitterrand, grâce à Jack Lang, ministre de la Culture.
« Je suis un “mafieux”. Et je ne crois qu’à ça.
Je ne crois qu’aux amis dont on est sûr, qu’on s’est choisis », dit-il.
Bergé affrète son avion pour « transporter » le clan du président, qui le nomme, une fois réélu, président de l’Opéra de Paris, en 1988.
Le millionnaire devient alors un fidèle compagnon des déjeuners de François Mitterrand Chez Lulu, des pèlerinages à Solutré et des réveillons à la bergerie de Latche.

Il faut dire que Bergé a financé le magazine “tontonmaniaque” Globe, fondé en 1985 par le journaliste Georges-Marc Benamou et le philosophe Bernard-Henri Lévy.
Parmi les plumes du mensuel figurent le psy maoïste Gérard Miller, l’universitaire Alain Touraine (père de l’actuelle ministre de la Santé, Marisol Touraine) ou l’écrivain Marek Halter.
 L’organe de propagande encense Mitterrand et “canarde” Le Pen pour diviser la droite.
« Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux », écrivent-ils.

Le patron de presse pourfend aussi “l’ordre”, “la morale”, “la famille” : « Un groupe réuni autour de la TV, dont le seul but est précisément de compter les buts d’un match de foot. »
 La patrie est « le plus dangereux » des mots qu’il abhorre.

Déficitaire, Globe sera renfloué, en 1992, par des groupes à capitaux publics, comme le Crédit Lyonnais et Elf Aquitaine International, dirigé depuis Genève par Alfred Sirven.
Bergé aurait participé à ce système opaque de financement dont le montage est supervisé par l’Élysée.
 « Je ne suis au courant de rien, mais solidaire de tout », se défend-il.
La justice ferme les yeux.

Un an plus tard, Sanofi, la filiale pharmaceutique d’Elf, rachète à prix d’or la maison Yves Saint Laurent, très endettée.
« Une très bonne affaire », selon Bergé, qui empoche avec le couturier 1,51 milliard de francs, soit une prime de 38 % par rapport aux derniers cours.
 L’homme a toujours su gérer ses intérêts au mieux.
 En 1994, il sera mis en examen pour délit d’initié, la Commission des opérations de Bourse le soupçonnant d’avoir réalisé, deux ans auparavant, une plus-value de 100 millions de francs lors de la vente d’actions, via des banques suisses, avant l’annonce de mauvais résultats.
Il bénéficiera finalement d’un non-lieu.
« Je n’ai jamais aimé la réussite pour elle-même et, d’une certaine façon, je l’ai cambriolée », s’amuse-t-il à l’époque.
 Mais le succès a parfois ses revers : en 2011, Oléron Participation, la société qu’il a fondée avec Alain Minc et que dirige son bras droit, Jean-Francis Bretelle (un homme de l’ombre), sera condamnée à une amende de 6 millions d’euros pour “vente frauduleuse”.

En 1995, Pierre Bergé appelle d’abord à voter Balladur avant de soutenir Chirac face à Jospin, cet « ancien trotskiste d’origine protestante […] au menton à la Mussolini » qui prétend exercer un droit d’inventaire sur les deux septennats de Mitterrand.
S’érigeant en gardien de la mémoire de “Tonton”, il excuse son passé vichyste et vole au secours de son épouse, Danielle, pour régler la caution de son fils Jean-Christophe, alors mis en examen dans l’affaire Falcone.

Mais Bergé se distingue surtout par son engagement homosexuel.
 Président du Sidaction, il devient l’argentier du groupuscule Act Up-Paris, qui multiplie les coups de force sous couvert de lutte contre le sida.
« J’ai longtemps observé une grande modération, mais j’en ai marre », confiera-t-il.
« Sans une certaine violence, on n’arrivera à rien. On doit descendre dans la rue, injurier les politiques récalcitrants, menacer d’outing les homos honteux. » (Cité par Yves Derai dans le Gay Pouvoir, Ramsay.)

À la présidentielle de 2002, Bergé mobilise ses réseaux pour faire battre Jospin.
 Dans la capitale, les activistes d’Act Up-Paris collent des affiches hostiles au premier ministre.
Têtu, le “magazine des gays et lesbiennes” fondé par l’homme d’affaires en 1995, le somme de se prononcer pour le mariage homosexuel.
Jospin refuse.
Il sera éliminé.
Bergé rêvait en fait d’une cohabitation Chirac-Fabius.

Entre-temps, il a rallié Delanoë lors des municipales à Paris.
 Il a failli se présenter sur une liste communiste à Saint-Germain-des-Prés !
 Symbole de la gauche caviar, Bergé ne craint pas les paradoxes.
Sa fortune est estimée à 120 millions d’euros par le magazine Challenges.

 Son entreprise Caviar Prunier est domiciliée en Suisse.

 Son holding Berlys est immatriculé au Luxembourg.

 Il possède un jet privé, un hélicoptère et des villas à Saint-Rémy-de-Provence et Marrakech…

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