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jeudi 22 juin 2023

L’«offensive du printemps»: un massacre en Ukraine

 

Cette image tirée d’une vidéo publiée par les forces armées russes montre des chars de combat Leopard 2 et des véhicules de combat d’infanterie Bradley détruits qui ont été utilisés dans le cadre des opérations offensives de l’Ukraine.

 
Andre Damon
16 juin 2023

Lorsque la «contre-offensive» ukrainienne a commencé la semaine dernière, elle a été saluée par les médias américains comme un tournant décisif dans la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie.

«Un dénouement pour l’Ukraine», a proclamé Bret Stephens dans le New York Times, qui produirait une «défaite écrasante et indubitable» pour la Russie. Le chroniqueur du Washington Post Max Boot a cité le général David Petraeus déclarant qu’il s’attendait à ce que «les Ukrainiens réalisent des percées significatives et accomplissent beaucoup plus que ce que la plupart des analystes prédisent».

Toutes ces déclarations se sont révélées à la fois délirantes et illusoires.

Dix jours après le début de l’offensive, celle-ci est devenue un massacre pour les soldats ukrainiens, dont beaucoup sont de nouvelles recrues peu ou pas entraînées. Le gouvernement ukrainien affirme avoir capturé à peine 100 kilomètres carrés de territoire au cours de la semaine écoulée, au prix de milliers de vies. La situation en est arrivée à un point tel que les médias américains qualifient de triomphe massif la capacité des forces ukrainiennes à s’emparer d’un minuscule village et à le tenir pendant quelques heures.

L’état actuel de la guerre rappelle les massacres de la Première Guerre mondiale, dont d’horribles bains de sang tels que la bataille de la Somme, dont le premier jour a fait jusqu’à 60.000 victimes. Bien que le nombre de morts en Ukraine n’ait pas atteint ce niveau, il ne fait aucun doute que les soldats ukrainiens sont tués en grand nombre, dans l’équivalent moderne de la boucherie de la guerre des tranchées.

Selon des chiffres qui n’ont pas été contredits par l’Ukraine, les autorités russes affirment que plus de 1000 Ukrainiens meurent chaque jour au cours de l’offensive, ce qui porterait le nombre total de morts ukrainiennes à au moins 10.000 à ce jour.

Alors que l’horreur de la guerre est généralement occultée par les médias, une certaine reconnaissance de la réalité est apparue. Le Guardian a cité un responsable américain qui a déclaré qu’on aura «une guerre coûteuse et meurtrière pendant de nombreux mois à venir». Le fonctionnaire a déclaré que les pertes infligées aux forces russes «ne sont pas significatives», ajoutant que «l’idée que les Russes allaient tout simplement fondre et que les Ukrainiens allaient foncer droit dans leur ligne de défense était dans les rêves les plus fous».

Un article du New York Times, écrit par Helene Cooper, pose froidement la question: «L’Ukraine subira-t-elle de nombreuses pertes lors de la contre-offensive?» Réponse: «C’est déjà le cas. Des fonctionnaires américains ont confirmé que les troupes ukrainiennes ont subi des pertes en vies humaines et en matériel au cours des premiers combats. Peu d’informations sont disponibles sur les pertes russes, mais les responsables ont souligné que les attaquants subissent généralement des pertes initiales plus lourdes que les défenseurs retranchés, pour les raisons évoquées précédemment».

 Le Times demande ensuite: «Est-ce que cela signifie que la contre-offensive est en train d’échouer?» Réponse: «Non. Deux responsables américains ont déclaré lundi que l’essentiel de la contre-offensive n’avait probablement pas commencé».

En d’autres termes, le nombre de morts n’est qu’un acompte.

Dans l’indifférence la plus totale, les États-Unis et les puissances de l’OTAN, ainsi que leurs porte-parole dans les médias, traitent la vie des Ukrainiens comme de la chair à canon. Le slogan fasciste «Slava Ukraini» s’est transformé en la réalité «Massacrer les Ukrainiens».

Et dans quel but? Dès le départ, le véritable objectif de l’offensive ukrainienne était de créer les conditions politiques d’une implication plus poussée de l’OTAN dans la guerre.

Comme l’a écrit le New York Times samedi:

Un succès sur le champ de bataille, que ce soit en décimant l’armée russe ou en revendiquant des territoires, ou les deux… renforcerait le soutien en Europe pour une sorte de garantie de sécurité à long terme pour Kiev.

L’Ukraine et ses alliés occidentaux ont investi dans la contre-offensive parce que, quelle qu’en soit l’issue, elle ouvrira la voie à la prochaine phase de la guerre. Le plan des Américains et des Britanniques pour aider à sécuriser l’Ukraine consiste à obtenir le soutien des États-Unis et des pays de l’OTAN pour des garanties de sécurité solides…

Jeudi, le secrétaire à la défense, Lloyd Austin, et le président de l’état-major interarmées, Mark Milley, accueilleront une réunion du groupe de contact pour la défense de l’Ukraine à la base aérienne de Ramstein. Le sommet des ministres de la Défense de l’OTAN va suivre le 16 juin.

Ces réunions prépareront le sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet à Vilnius, en Lituanie, au cours de laquelle les puissances de l’OTAN devraient annoncer une forme d’alliance militaire formelle avec l’Ukraine, ce qui ouvrirait la voie à l’implication directe des troupes de l’OTAN dans le conflit.

La réunion de Vilnius a été conçue comme un sommet des vainqueurs, dans le contexte d’une offensive victorieuse destinée à lancer des ultimatums à une Russie sur la défensive. Mais c’est un tout autre scénario qui se dessine: face à la débâcle militaire, les États-Unis intensifient leur engagement dans la guerre.

Le Wall Street Journal a rapporté mardi que le gouvernement Biden avait décidé d’envoyer en Ukraine des armes à l’uranium appauvri, connues pour leurs effets cancérigènes, et qu’elle discutait activement du déploiement de bombes à sous-munitions.

Vendredi, l’American Enterprise Institute a publié un article d’opinion rédigé par l’un de ses principaux associés, Michael Rubin, qui préconise le déploiement d’armes nucléaires américaines en Ukraine. L’article s’intitule «Biden peut-il dissuader une attaque nucléaire russe contre l’Ukraine? Oui, s’il donne à l’Ukraine des armes nucléaires tactiques» (Can Biden Deter a Russia Nuclear Attack on Ukraine? Yes, If He Gives Ukraine Tactical Nukes).

Rubin demande à la Maison-Blanche de menacer de fournir à l’Ukraine des armes nucléaires «sans aucun contrôle sur le lieu et la manière dont l’Ukraine pourrait les utiliser». Enfin, les puissances de l’OTAN se dirigent rapidement vers l’admission de l’Ukraine au sein de l’OTAN ou vers une forme d’alliance militaire formelle, ce qui ouvrirait la voie à une implication directe de l’OTAN dans le conflit.

La guerre en Ukraine est devenue une question existentielle pour le gouvernement Biden et l’OTAN. Après avoir saigné l’Ukraine à blanc, les impérialistes devront trouver d’autres corps à envoyer devant les canons russes.

Le gouvernement Biden répète le vieux modèle des États-Unis qui consiste à répondre aux débâcles militaires par une escalade. Si cette guerre n’est pas arrêtée, elle se transformera en une immense catastrophe pour l’ensemble de l’humanité.

Le 5 juin, après le premier jour de la contre-offensive, le World Socialist Web Site écrivait:

Il est urgent de relier le mouvement de développement de la classe ouvrière à la lutte contre l’impérialisme, qui entraîne l’humanité vers l’apocalypse de la guerre nucléaire. Il est nécessaire de combiner l’opposition au militarisme et à la guerre avec l’opposition à l’inégalité, à l’exploitation et au système capitaliste qui est à l’origine de toutes les crises auxquelles l’humanité fait face.

Maintenant que la contre-offensive ukrainienne a entraîné une débâcle sanglante, la construction d’un tel mouvement est d’autant plus urgente.

(Article paru en anglais le 15 juin 2023 sur wsws)

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