lundi 20 janvier 2020

Réforme des retraites : et maintenant les militaires qui montent au créneau

 
 

19 janvier 2020

On se souvient des propos à la fois martiaux et rassurants d’Emmanuel Macron : « Quand on est militaire, on ne touche pas la retraite, on a une pension. »

C’était le 19 décembre dernier, le chef des armées s’adressait aux soldats déployés en Côte d’Ivoire et, par-delà, à toute la « communauté militaire ».

Au passage, on n’avait pas noté ce côté un peu méprisant vis-à-vis de ceux qui touchent « la retraite »… Don’t worry, be happy, mes petits soldats ! La réforme des retraites, en gros, vous n’êtes pas concernés…
Nous l’écrivions ici même le 1er janvier : « Emmanuel Macron joue avec les mots… Dire aux militaires qu’ils continueront à percevoir une pension, c’est gentil, ils s’en doutent tout de même un peu. Mais au bout du bout, quel sera le montant de cette pension ? »
Dans les casernes, on a démonté le sapin de Noël mais les petits soldats ne sont pas de plomb.
S’ils sont tout dévoués au service de la France, ils savent aussi compter.
Et, semble-t-il, le compte n’y est pas.
C’est Le Parisien qui le révèle, ce dimanche 19 janvier.
En effet, le Conseil supérieur de la fonction militaire (CSFM) a rendu son verdict : « Après l’étude du projet de loi, il ne peut, en ce qui concerne la condition militaire, émettre un avis favorable. »
C’est dit poliment mais, en clair, le CSFM estime que ce projet va dégrader la condition militaire.
Comme chacun sait, les militaires ne peuvent être syndiqués.
Le CSFM est donc une instance de concertation consultative qui permet de donner leur avis au ministre des Armées sur les questions relative à la condition militaire.

La loi fait même obligation à ce dernier, avant tout projet de loi à portée statutaire, indiciaire ou indemnitaire, de recueillir l’avis de cette instance, vieille tout juste d’un demi-siècle.
C’est donc chose faite pour la réforme des retraites, si l’on en croit Le Parisien.
Présidée par le ministre, cette instance est composée de membres élus (militaires d’active des trois armées, de la gendarmerie et des services communs), de quelques retraités et de représentants d’associations professionnelles nationales de militaires.
Année après année, le CSFM s’est, en quelque sorte, professionnalisé, de sorte que le ministre a, face à lui, des militaires qui savent de quoi ils parlent.
Cela dit pour couper court à l’idée que ce « machin » serait là pour faire semblant.
La preuve, du reste, par cet avis !
Alors, pourquoi ce non possumus ? « Certaines dispositions fragilisent notre modèle d’armée et la condition militaire », estime le CSFM.
En effet, le mode de calcul des pensions, calqué sur celui du système universel envisagé, est fait pour inciter à travailler plus longtemps, notamment à travers la mécanique de la décote.
Le rapport évoquerait des décotes pouvant aller de 20 à 60 % dans certains cas…
Ou comment se constituer une armée de sergents-chefs âgés 60 ans !
Ou de demi-solde miséreux rendus à la vie civile.
On aura beau dire que les générations actuelles sont en meilleure santé que celles d’autrefois, la guerre, jusqu’à nouvel ordre, ne se fait pas en déambulateur.
Autre point délicat souligné : « La mise en place d’une règle de calcul assise sur l’ensemble de la carrière au lieu des six derniers mois […] engendrera inexorablement une baisse des pensions. » Cette évidence quasi mathématique ne concerne pas que les militaires mais aussi les fonctionnaires et sans doute au-delà.
On remarquera, d’ailleurs, qu’à chaque fois que cette évidence est mise en avant, le gouvernement change de pied en parlant des quelques cas particuliers qui seront gagnants avec la réforme…
Ce rapport du CSFM éclate comme une bombe pour le gouvernement.
Car cette instance n’est pas la CGT.
Elle ne bloque pas la France.
Pas d’arrière-pensées en vue de se refaire une clientèle syndicale.
Pas d’enjeu politique, non plus, avec en ligne de mire les élections.
Pas de coup de gueule chez Bourdin.
Pas de manif dans Paris.
Non, seulement des faits, des chiffres.
Et sans doute une profonde inquiétude dans les rangs.
Si, maintenant, les militaires montent au créneau…

Georges Michel

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