vendredi 30 mars 2018

Toulouse - Colomiers : quand les élèves de primaire frappent leurs enseignants

 
 
L'école Jules Ferry de Colomiers a été le théâtre d'une de ces agressions le 19 mars.

L'école Jules Ferry de Colomiers a été le théâtre d'une de ces agressions le 19 mars. © Radio France - Vanessa Marguet        

jeudi 29 mars 2018 Par Vanessa Marguet, France Bleu Occitanie et France Bleu
 
Il y a eu plusieurs cas d'enseignants agressés ces dernières semaines par des élèves de CM1 ou CM2 dans des écoles élémentaires de l'agglomération toulousaine.

 Le phénomène reste rare, mais il existe et pose question.
À Colomiers, près de Toulouse, une affiche verte est placardée sur le tableau d'affichage situé devant l'école élémentaire Jules Ferry, dans le quartier du Val d'Aran.
Elle est intitulée "Un incident grave s'est produit à l'école Jules Ferry" et relate l'agression le lundi 19 mars dernier d'une enseignante pendant la récréation.
 
Des élèves de CM1 et CM2

"Elle était en train de reprendre un élève, et deux autres élèves sont venus soit disant pour défendre leur camarade. Ils ont tous les trois frappé la maîtresse. Des coups de poing dans le dos, le torse. C'est inimaginable", relate Florence Ouhamane, qui fait partie de parents d'élèves élus.

Les enseignants ont appelé la police et ce sont les agents qui ont ramené les enfants dans leurs familles.
L'institutrice en question, choquée, a dû être arrêtée pendant une semaine et a porté plainte. 
On savait qu'il y avait une petite montée de violence dans l'école et un climat scolaire assez dégradé, mais on ne pensait pas en arriver là, voir des enfants de 9-10 ans frapper une enseignante.  — Cécile Mathias, représentante des parents d'élèves

Les services de l'Education Nationale sont intervenus rapidement, pour épauler les enseignants et mettre en place un suivi des enfants impliqués.
Pour l'instant, deux d'entre-eux scolarisés en CM2 ont changé de classe et le troisième est resté dans la sienne en CM1 mais va faire l'objet d'un suivi particulier de la part des services de l'Inspection Académique.
 "Dans des cas comme celui-là, nous sommes à la recherche de solutions avec les parents et nous rappelons aux parents par écrit leurs obligations éducatives" explique Elisabeth Laporte, la nouvelle directrice académique des services de l'Éducation Nationale de la Haute-Garonne.
 
Il y a d'autres cas
 
Les moyens d'action sont limités dans la mesure où on ne peut pas exclure un enfant comme ça.
Dans certains cas, les enfants peuvent être changés d'école.
Il peut y avoir aussi des signalements aux procureurs.
Mais ça va rarement jusque-là.
Ces problèmes de violence dans les écoles élémentaires sont souvent le fait d'un ou deux enfants qui auraient surtout besoin d'un suivi particulier
C'est l'avis de cette enseignante qui a connu elle aussi des agressions de la part d'élèves.
Elle souhaite rester anonyme, mais elle explique qu'il y a eu plusieurs cas similaires ces derniers mois dans le quartier Borderouge de Toulouse.
Des enseignants là aussi ont reçu des coups de la part d'élèves de primaire. 
Cela se voit de plus en plus souvent, car on a des classes de plus en plus chargées, des écoles de plus en plus grosses et un ralentissement de la prise en compte des dossiers pour ces enfants-là dans des structures spécialisées ou tout simplement pour des aides qui se déplacent sur l'école. — Une enseignante de Borderouge
Le syndicat d'enseignants SNUIPP 31 estime que ces épisodes de violence, heureusement encore rares, montrent qu'il faut faire davantage pour gérer les enfants qui ont besoin d'un suivi et qui relèvent d'instituts spécialisés.
Pour Jean-Philippe Gadier, le co-secrétaire du SNUIPP en Haute-Garonne, la situation s'est dégradée depuis la disparition des Rased, les réseau d'aide spécialisés aux élèves en difficulté.
 "Nos collègues sont souvent démunis et ne savent pas comment faire avec ces élèves-là qui relèvent parfois de soins ou de prises en charge plus importantes" et qui peuvent devenir violents. 
On a près de 1000 élèves dans les écoles ordinaires de Haute-Garonne qui sont en attente d'instituts spécialisés. — Jean-Philippe Gadier, Snuipp 31

De son côté, la directrice académique des services de l'Éducation Nationale de la Haute-Garonne, Elisabeth Laporte, estime que de nombreux efforts sont déployés pour faire face à ces problématiques, et que tout est fait désormais pour que les écoles fassent remonter les problèmes pour mieux les régler.
 
Ecoles trop grandes ?

Se pose aussi la question de la taille des écoles.
Florence Ouhamane qui est représentante des parents d'élèves de l'école Jules Ferry de Colomiers se dit "en colère contre l'Education Nationale qui met des moyens insuffisants dans les écoles et contre la mairie de Colomiers qui fait des groupes scolaires énormes".
Elle estime qu'"on ne règle pas les problèmes de la même manière dans une école de 400 élèves et dans une école de 150 enfants"
Même son de cloche à l'école Jean Zay de Toulouse-Borderouge où il y a eu plusieurs épisodes de violence depuis deux ans.
Mathilde Soeur, l'une des représentantes des parents d'élèves, raconte : "On a constaté clairement que l'augmentation d'élèves dans l'école avait eu un impact direct sur les comportements de violence. On se bat au niveau du quartier Borderouge pour faire en sorte que les groupes scolaires soient de taille plus réduite".
 
Les parents d'élèves des différentes écoles de Borderouge vont organiser un rassemblement le 4 avril prochain au carré de la Maourine pour dénoncer ces problèmes.  

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