Frédéric Sirgant 21 novembre 2021
C’est
bien connu : l’Allemagne et l’Autriche ne sont pas des pays sérieux.
Ces gens du Nord, un peu continentaux sur les bords, ça ne comprend
rien, ça n’est pas rigoureux, pas réactif, pas sérieux.
On pourrait
expliquer leur reprise épidémique par le climat ou par la théorie des
climats de Montesquieu. Mais Emmanuel Macron et Olivier Véran, à la fois
épidémiologistes et grands penseurs de la décision politique, ont
trouvé mieux : si ces pays connaissent un regain spectaculaire et
inquiétant de l’épidémie, c’est qu’ils n’ont pas adopté, eux, le passe
sanitaire. Contrairement à la France. Bienheureux Français, protégés par
le passe sanitaire de notre cher Président.
C’est l’explication qui a été fournie très officiellement et très
explicitement, cette semaine, par le ministre de la Santé au Sénat : « L’Autriche et l’Allemagne n’ont pas fait le choix du passe sanitaire. » C’est l’explication qui a été, à nouveau, assenée par Emmanuel Macron dans une interview à La Voix du nord, jeudi soir : « Les pays qui confinent les non-vaccinés sont ceux qui n’ont pas mis en place le passe. »
Comme vous, j’ai lu, j’ai entendu, j’ai cru. Et puis, le doute m’a
pris, ma mémoire est sortie de sa torpeur et, en deux clics et trois
coups de fil, j’ai obtenu confirmation : non seulement l’Allemagne et
l’Autriche ont bien instauré un passe sanitaire, mais l’Autriche fut
même le premier pays à le faire, quand Emmanuel Macron nous jurait ses
grands dieux, et les yeux dans les yeux, qu’il n’instaurerait jamais de
telles discriminations… Même le JDD, pourtant peu suspect
d’anti-macronisme, a été obligé de publier, vendredi, un petit
décryptage sans appel pour Macron et Véran : « Contrairement à ce
qu’a affirmé Olivier Véran, l’Autriche a été l’un des pionniers du passe
sanitaire en Europe. L’absence d’un tel dispositif ne peut donc
expliquer la recrudescence violente de l’épidémie dans ce pays. Dès le
19 mai, les Autrichiens devaient présenter leur “passe vert” prouvant
qu’ils étaient vaccinés, récemment rétablis du coronavirus ou bien
testés négatifs pour se rendre à l’opéra, au restaurant ou encore dans
une salle de sport. » Pour l’Allemagne aussi, Olivier Véran a menti : «
La chancelière Angela Merkel a pourtant généralisé cet outil le 23
août. Depuis, des Länder ont choisi de le supprimer, partiellement ou
totalement, dans les zones où l’incidence est faible, quand d’autres ont
serré la vis. »