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samedi 9 novembre 2019

Calais : 27 % de chômeurs mais 27 millions pour le projet Dragon !

 
 

 
Welcome in Calais ! Son millier de clandestins squattant les zones industrielles, ses 27,7 % de chômeurs (Insee 2019), ses 30 % d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté (Compass).

Qu’importe la réalité socio-économique, la municipalité dirigée par Natacha Bouchart (Les Républicains) a décidé d’engager la ville à hauteur de 27 millions d’euros, sur 8 ans, afin que François Delarozière, compagnie La Machine basée à Nantes, fabrique pour Calais un dragon, des iguanes et autres joyeusetés…
 
Ce week-end de la Toussaint, pour l’arrivée du Dragon de Calais, la population a eu le droit à une petite sauterie à 980 000 euros, financée à 80 % par le conseil régional des Hauts-de-France, qui veut faire de Calais « une terre de culture ».
L’événement, comme il se doit, a été encensé par les deux médias locaux du groupe Socpresse Nord Littoral et La Voix du Nord.
Des jours de Une tout feu tout flammes relayant l’enthousiasme de Natacha Bouchart : « Si on estime à 250 000 visiteurs tout au long de ces trois jours de fête, et c’est une fourchette très basse, ce seront 7, 5 millions d’euros qui seront injectés dans l’économie locale ! » (sur la base d’une dépense de 30 euros par personne, NDLR 1).
La fête a été pluvieuse.
Le dragon aujourd’hui dort et va prendre la rouille sur un front de mer aussi accueillant et riant qu’une station balnéaire de l’époque soviétique.
La halle provisoire (1,8 millions d’euros) érigée à la va-vite pour « le bébé » n’est pas fonctionnelle. Son toit en plastique s’est arraché au premier coup de vent.
Il vaut dire qu’abriter une machine sur un front de mer souffrant des tempêtes et du climat marin n’est pas très logique.
Mais à Calais rien n’est logique.
 
Arrêté anti-migrants
 
L’arrivée du mastodonte dont la construction a coûté 4,5 millions au lieu des 3,2 annoncés n’a pas fait que des heureux.

Les petits-bourgeois de gauche, nervis de la Scène nationale Le Channel n’œuvrant que pour promouvoir le vivre-ensemble et la diversité, ont boudé.
Il faut dire que quelques jours avant la fiesta, Natacha Bouchart a pris un arrêté afin d’interdire les distributions sauvages de nourriture par les associations d’aide aux migrants squattant la gare et le centre-ville.
Les bobos étant une des composantes incontournables des spectacles de rue, François Delarozière a été sommé de protester par la presse bien-pensante.
Ce qu’il a fait du bout des lèvres (il ne faut quand même pas irriter la poule aux œufs d’or) : « Un, on ne m’a pas consulté. Deux, cela ne me regarde pas : ce n’est pas à moi de me positionner sur un arrêté, ce n’est pas mon métier. Mais à titre personnel, je n’aurais pas été d’accord avec … » (2).
De leur côté, les associations vivant de la misère des autres envisagent de saisir le tribunal administratif de Lille.
Ce dernier, il est vrai, a pour habitude de leur donner raison.
 
Guerre des chiffres
 
En dépit d’une météo capricieuse, venteuse, pluvieuse et d’une panne prometteuse du dragon, la fête a eu lieu et a même bénéficié de la présence du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner (l’État finance le projet) qui s’est extasié en associant le dragon : « à une reconquête républicaine et culturelle ».
Pour comprendre pourquoi cette sortie républicaine du très « fraternel » ministre n’est pas un hasard, il faut consulter le calendrier local : le 9 novembre prochain, le musée municipal La Cité de la Dentelle va accueillir Jean-Philippe Hubsch, le grand maître du Grand Orient de France, à l’invitation des quatre loges locales pour une conférence publique Le Grand Orient de France, une obédience maçonnique du XXIe siècle.
À cinq mois des élections municipales, il y a urgence à mobiliser les troupes.
À Calais, les francs-maçons sont environ 700 et la maire de Calais n’avait pas hésité à couper le ruban du nouveau temple lors de son inauguration en 2015.
S’il y a urgence, c’est que Calais vote massivement pour le Rassemblement National…
Lors des Régionales de 2017, Marine Le Pen a obtenu au premier tour 57 % des suffrages ; au second tour des présidentielles 57,42 %.
Aux Législatives, Philippe Olivier, son beau-frère – qui avait piqué la tête de liste à Rudy Vercucque, conseiller régional et calaisien très bien implanté – a réussi à se placer en tête au premier tour avec  26,12 % avant de se faire écraser au second par Pierre Henri-Dumont (Les Républicains), 57,41 % des voix.
À Calais, les parachutages ne fonctionnent pas.
Pour autant, Philippe Olivier, qui a depuis pris du galon à « l’Europe » en tant que député, a décidé de récidiver en parachutant un ex-saint-cyrien, Marc de Fleurian, assistant parlementaire de André Rougé (Rassemblement national) et en déboulonnant Rudy Vercucque, seul candidat crédible face à Natacha Bouchart.
Très peu soutenu localement, Marc de Fleurian a dénoncé comme il le pouvait la gabegie à l’aide d’affiches montrant la maire de Calais chevauchant un  dragon au coût de : « 360 euros  par Calaisien ».
Avec élégance, la Voix du Nord,  qui lors des régionales de 2017 avait fait ouvertement campagne contre Marine Le Pen, s’est réjouie de voir deux militants RN affrontant courageusement la bête immonde avec leur affiche dénonçant le gaspillage d’argent public recevoir : « Un crachat au visage, des litres d’eau déversés en quelques secondes. Voilà comment le Dragon de Calais, à la manière d’une bête qui se sentait agressée, a répondu à un militant du Rassemblement national affichant son opposition au projet culturel et touristique. » 
Pour la presse locale, il est interdit de critiquer la « culture » sur une terre sinistrée.
Nord Littoral, très péremptoire, dans son édition du 3 novembre, entendait rétablir « les faits » : « Non le Dragon de Calais n’a pas coûté 27 millions d’euros et 360 euros par Calaisien … ».
Effectivement, comme l’indiquait Natacha Bouchart dans les colonnes du même quotidien le 1er novembre, le projet global s’élève désormais à 28 millions d’euros…
Le reste n’est que littérature, la municipalité jouant sur les subventions accordées par l’État, la Région pour dire aux Calaisiens que le projet ne leur coûte rien et que les impôts ne vont pas augmenter…
Si les journalistes locaux n’étaient pas serviles, un chiffre aurait dû les interpeller.
« La Société publique locale du Dragon de Calais espère 3,8 millions d’euros de recettes par an avec les promenades à dos de Dragon avec un objectif de 400 000 billets vendus par an ». (3)
Un simple calcul démontre que cela est irréalisable.
Pour l’atteindre, il faudrait vendre 1095 billets 365 jours sur 365 ; soit 18 sorties d’au minimum trois quarts d’heure avec 60 places pleines avec une fourchette moyenne de 7 euros…
Cela est totalement inconcevable au vu du pouvoir d’achat des Calaisiens et des habitants des Hauts-de-France, du climat à Calais, de la maintenance de la machine (6 à 8 semaines par an) et des inévitables pannes prévisibles.
 


La réalité occultée
 
Comment Natacha Bouchart a-t-elle pu se hasarder dans un tel projet ?
Comment l’opposition, même si le RN s’est abstenu, a-t-elle pu cautionner un engagement de 27 millions d’euros lors d’un conseil municipal organisé en plein mois de juillet sur un coin de table au moment des vacances ? Mystère.
Pour la maire de Calais, les choses sont simples.  « C’est Long Ma (2016, autre dragon de la Compagnie La Machine) et ses milliers de spectateurs… J’avais vu les autres machines, mais Long Ma a déclenché chez moi le pouvoir des machines en termes d’image… Il a amené une dynamique à la ville, de la joie auprès des Calaisiennes, Calaisiens et à des milliers de personnes venues de l’extérieur. On a vécu pendant ces trois jours des moments incroyables… »
Lorsque l’on gère une ville, une agglomération, l’émotion doit-elle l’emporter sur la réalité socio-économique ?
Natacha Bouchart est aux manettes depuis 2008.
En décembre 2008, selon le journal Nord Littoral (édition du 17 août 2018), la ville comptait 7 260 chômeurs.
Aujourd’hui, avec  un taux de chômage dans Calais intra muros de 27,7 % (Insee 01/01/2019), nous atteignons les 20.768 demandeurs d’emploi…
Une réalité occultée par la première magistrate.
Récemment lors d’une réunion de la Communauté d’agglomération Grand Calais dont elle est présidente, elle s’est réjouie du fait que le taux de chômage avait diminué à 12,7 % dans le Calaisis ce qui était historique depuis 2003.
Sauf que… ce chiffre concerne un bassin d’emploi regroupant 63 communes du Calaisis !
À Calais, l’ensemble des projets portés par l’équipe en place à la Ville et à l’Agglomération ont avorté : parcs d’attractions (Spyland, Héroïc Land), dont les études ont  coûté des millions d’euros, palais des congrès, zone logistique,  générateurs de start-ups, etc.
Et aujourd’hui, nous sommes face à un projet de 27 millions d’euros qui va générer… 12 emplois, voire 50 !
La maire de Calais pense que cet investissement qui va peser très lourd pour l’avenir va : « renforcer l’image de la ville, redynamiser le tourisme et faire connaître au plus grand nombre son développement urbain. » 
En août 2015, Natacha Bouchart pensait aussi que « Les migrants pouvaient être une richesse culturelle pour Calais ».
La France entière, les Calaisiens ont pu le mesurer…
Finalement, la question que tout le monde se pose : combien y a-t-il eu de visiteurs à Calais durant ces trois jours ?
100 000 selon des observateurs objectifs et présents sur le terrain et qui ont examiné les photos prises pour la plupart en plan serré, les plans larges étant trop éloquents.
De même, nous avons pu constater qu’il n’y avait aucune difficulté à réserver une chambre à Calais et sur l’agglomération durant le week-end inaugural, tout en sachant que la plupart des hôtels sont occupés par les forces de l’ordre.
Par ailleurs, les parkings prévus pour les visiteurs étaient loin d’être pleins comme nous l’a indiqué un Calaisien : « on pouvait circuler facilement. »
Natacha Bouchart, quant à elle, persiste et signe dans la presse locale : « Il y a eu 400 000 personnes et si on estime que chacune a dépensé 30 euros, c’est 12 millions d’euros qui ont été injectés en trois jours dans l’économie calaisienne ».
Face à un tél déni de réalité, il est clair que Calais n’est pas prête de se relever…
 
Clovis Just
 
(1)Nord Littoral, 1er novembre 2019.
(2)La Voix du Nord, édition de Calais, 5 novembre 2019.
(3) Nord Littoral, 3 novembre 2019.
 
Source : ripostelaique via

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