lundi 3 décembre 2018

Gilets jaunes: pour une nouvelle "nuit du 4 août"

 

Statue brisée de Marianne à l'intérieur de l'Arc-de-Triomphe, décembre 2018. SIPA.
 

 
La comparaison avec la Révolution n’est pas totalement usurpée. Ce que veulent les gilets jaunes, c’est l’abolition des privilèges des nouveaux aristocrates, la fin d’une inégalité de fait, le droit d’y croire comme les autres.
 


Ce que veulent les gilets jaunes, à côté de toutes leurs revendications pour une vie plus décente, c’est une nouvelle « nuit du 4 août », cette fameuse nuit de 1789 où la noblesse et le clergé abandonnèrent leurs privilèges, hérités de la France féodale et monarchique.



Dans la France d’aujourd’hui, ces privilèges sont multiples : poudres, toilettes et fêtes des monarques et de leur Cour, salaires exorbitants des patrons du CAC 40 et parachutes dorés, placards confortables de la République, fonctions et prébendes accordés par la faveur des princes, privilèges des corps constitués de la politique, de la haute administration et de l’université.

Les nouveaux aristocrates

La Révolution de 1789 forgea le passage de la civilisation féodale à l’ère démocratique ; aujourd’hui, c’est une nouvelle démocratie que les gilets jaunes réclament, l’abolition des privilèges représentant la première étape de ce changement majeur.
Le peuple des gilets jaunes sent confusément que le régime actuel corrompu et repu ne nous protègera pas des orages totalitaires qui s’annoncent à l’horizon.
Ils ne parlent pas d’islamisme en public mais ils y pensent et en parlent en privé.
Ce pouvoir qui se donne à l’encan, aux technocrates de Bruxelles, à l’Allemagne de Merkel, aux émirs du pétrole, ils n’en veulent donc plus.
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Les gilets jaunes veulent de la reconnaissance, certes.
Ils disent vouloir être écoutés dans leurs souffrances, mais surtout affirment avec force que la vraie reconnaissance consisterait à ce qu’il y ait davantage d’égalité et de justice, signifiés justement par l’abandon volontaire des privilèges.
Il ne s’agit pas d’une utopie révolutionnaire d’extrême gauche mais d’une simple reconnaissance par plus d’égalité.
 Leurs souffrances, concrètes et immédiates, les gilets jaunes en parlent et réclament l’amélioration de leur vie quotidienne, mais ils souffrent aussi, comme leurs ancêtres de 1789, de la comparaison de leur sort avec ce nouveau Versailles bourgeois, de ces princes et princesses des temps modernes qui dilapident l’argent public dans des fêtes ou des retraites dorées.

Les nouveaux pauvres face à l’indifférence de Macron
Macron, cet égoïste narcissique, n’a pas vu venir cette « grogne » et, au contraire, il a joué avec les symboles de la fonction présidentielle, comme à cette fameuse fête de la musique et comme ces accolades pulsionnelles à Saint-Martin.
Il s’est montré indigne de la fonction présidentielle et son image de petit prince choyé est désormais rebutante pour une population en voie d’appauvrissement et en chute sociale.
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Comme aux Etats-Unis, au moment de l’élection de Donald Trump, c’est le peuple blanc qui s’est révolté, blanc non pas par la race mais par une des couleurs du drapeau national, par cette partie de la société laissée pour compte pendant de longues années : traités de beaufs et de racistes trop souvent, ces nouveaux pauvres ont entraîné avec eux une majorité de Français qui veulent survivre dans le chaos du monde, dans cette mondialisation trop malheureuse pour bon nombre d’entre eux.

La fraternité au service de l’égalité

Pour le moment, les banlieues, ces fameux « quartiers populaires » de la gauche, se taisent et restent à l’écart, avec une sorte de prudence.
Ils sentent qu’ils pourraient être les autres victimes de la colère populaire, de cette colère qui va peut-être s’exprimer dans les urnes.
Est-ce que ce sera un bien ou un mal ?
L’avenir est imprévisible.
De toute façon, ce qui est dit aujourd’hui, c’est la nécessité de la création d’une nouvelle vie démocratique, où le peuple a la parole sur ce qu’il sait de sa vie, et où il est écouté, entendu, respecté pour son intelligence et son savoir.
Les grands équilibres financiers doivent peut-être être préservés, mais c’est une nouvelle ère qui doit commencer, celle de la parole et de la décision démocratique.
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Enfin, ce mouvement existe aussi parce qu’il donne de la chaleur par la rencontre avec les autres et la sortie de la solitude dépressive.
Un peuple a besoin de s’unir pour être fort.
Avec une autre partie de ce peuple qui vit dans les grandes métropoles et leurs banlieues, il faudra d’abord rétablir la sécurité par tous les moyens nécessaires et également retrouver la confiance par la rencontre.

Puisse ce peuple de France être entendu dans ses aspirations et non pas menacé, manipulé, obligé finalement de rentrer dans le rang et l’ordre des privilégiés de la fortune et du savoir.

Charles Rojzman

causeur.fr

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