jeudi 15 mars 2018

Quand "Paris Match" raconte le glorieux voyage des Macron en Inde

 
 


 
Si Emmanuel Macron devenait empereur, il pourrait aussi bâtir un mausolée à sa bienaimée ! - AFP / montage Marianne

 
Le poids lourd des mots
 
Dans sa livraison hebdomadaire, le magazine "Paris Match" livre un récit sans concession du voyage d'Emmanuel et Brigitte Macron en Inde. Âmes pudiques, s'abstenir.
Match se serait-il donné pour mission de nous préparer à la reconversion louis-napoléon-bonapartienne d'Emmanuel Macron ?
Au terme de son premier périple à travers la France en 1852, l'ex-président de la République devenu l'empereur Napoléon III se vit accueillir dans la capitale par ces mots : "Le conseil municipal de Paris vient avec empressement saluer votre retour ; il vient se féliciter avec vous du triomphe dont chacun de vos pas a été marqué dans ce glorieux voyage".
Aujourd'hui, c'est Paris Match qui fait le boulot, livrant son récit extatique du glorieux voyage de Macron Ier en Inde.
Le dossier de huit pages s'ouvre, choc des photos oblige, sur le cliché étalé en double du couple Macron devant le Taj Mahal, caprice architectural d'un empereur moghol.
D'une plume trempée dans le cirage, le texte d'ouverture assène sans craindre la pompe : "Pour les Indiens, Macron mérite plus que jamais le titre d'Emmanuel le majestueux'".
Pour nos confrères aussi, manifestement.


"Même les chèvres de la capitale s'inclinent sur son passage."


Paris Match sur Brigitte Macron
 
La lune de miel en images se déroule ensuite sur quatre pages, dont la moitié bien sûr consacrées à l'impériale épouse du président.
"Brigitte Macron promène avec classe l'élégance française", s'émerveille Match, en pâmoison devant un "parcours sans faute".
En langue paris-matchiste, ce parcours mène "de la petite robe rose à la tenue de cocktail en dentelle", le tout "100% signé Louis Vuitton".
Bernard Arnault approuve ce message.
Les derniers sceptiques ne pourront que plébisciter le retour à l'empire en apprenant que "même les chèvres de la capitale s'inclinent sur son passage" [note du claviste : à ce stade de l'article, il nous faut certifier à nos lecteurs que toutes les citations entre guillemets sont véridiques]. On ne nous dit pas, en revanche, si les vaches sacrées ont pu rester stoïques.

 
Charmeur de bovidés, le couple Macron ne laisse pas non plus insensibles certains de nos confrères. Ainsi le rédacteur en chef du service politique prend-il la plume après l'album pour nous narrer ce périple qu'il a vécu comme "envoyé spécial".
"Au pays du dieu Shiva aux mille bras, la diplomatie du 'en même temps', si chère à Emmanuel Macron, fait merveille" : nous ne sommes qu'à la fin du premier paragraphe et le chef de l'Etat est déjà comparé à un dieu.
Des petits riens vous campent ensuite le futur empereur - dont on apprend qu'il est "amateur de poulet tandori" - en "président moderne" qui, pour vendre la France à l'étranger, "est prêt à donner de sa personne".
Traduction, "il a tombé la veste et relevé les manches de sa chemise"
Tant d'oriflammes pour des bras de chemise.
 
Mais l'ensemble ne serait pas complet sans que derrière la geste macronienne, la substantifique moelle de sa parole ne nous soit délivrée.
 
Voici donc Emmanuel Macron qui, sans gants, dit à la jeunesse indienne son secret de réussite : "Just do it ! Ne respectez jamais les règles".
 
Ou la sagesse de Nike balancée au pays de Gandhi.
 
Mais notre magazine tient là son titre, avec ce commentaire : "Le président français ne tourne pas autour des mots".
 
Ni Paris Match autour des Ooooh.




1 commentaire:

  1. "S'il y a des questions de fond , je les prends toutes!" a déclaré Macron à une journaliste qui lui demandait sa définition d'une visite privée au Taj Mahal alors qu'il était accompagné de journalistes, photographes etc...
    Et en effet Macron sur les questions de fonds, il les prend toutes... mais le cadrage que je préfère c'est le couple d'amoureux sur fond de Taj Mahal à l'image de grand Shah Jehan et de son épouse adorée Muntaz! J'aime moins quand il recadre, ça manque de professionalisme...

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