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lundi 4 juillet 2022

Kaliningrad, Biélorussie : devant le risque d’escalade, des intellectuels (allemands) crient halte au feu


 
 
 
 Frédéric Sirgant 3 juillet 2022

Il y a une semaine, les tensions autour de l'enclave russe de Kaliningrad, soumise au blocus des sanctions contre la Russie laissaient redouter une extension dangereuse du conflit

 Comme le disait Jean Lebrun sur franceinter, Kaliningrad, c'est « une mèche sur un tonneau de poudre ».

Et puis, ces jours-ci, le risque d'escalade s'étend à la Biélorussie, rare pays allié de la Russie. Samedi soir, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a accusé l'Ukraine d'avoir tiré des missiles contre son pays, missiles qui auraient été interceptés. Quelle que soit la réalité des faits, l'escalade menace.

C'est à cette étrange évolution - une escalade assumée des deux côtés sans aucune véritable perspective de négociation - qu'ont voulu réagir des intellectuels allemands en publiant dans Die Zeit un texte à rebrousse-poil de la musique guerrière dominante en Occident. Traduit dans L'Express, le texte tranche sur les positions officielles occidentales ressassées au G7, notamment par son réalisme. Le titre choisi par l'hebdomadaire français - qui n'est pas le titre original mais qui provient bien de ce texte - est sans détour : « Une victoire complète de l'Ukraine est irréaliste ». Il a le mérite de pointer le grand non-dit de la propagande occidentale dans son soutien à l'Ukraine. Certes, il s'agit sans doute de se montrer dissuasif vis-à-vis de la Russie, mais l'on voit mal une contre-offensive ayant pour objectif le retour à la situation d'avant l'offensive sauf à nous faire entrer dans une guerre ouverte contre la Russie. Escalade encore. Et tout aussi dangereuse. « Continuer la guerre avec comme but une victoire complète de l'Ukraine sur la Russie, écrivent-ils, cela signifie que des milliers de victimes de guerre supplémentaires vont mourir pour un objectif qui semble irréaliste. »

C'est l'autre mérite de ce texte que de pointer l'absence de buts de guerre précis du côté occidental : « Mais, plus ces mesures [les sanctions] s'étendent dans le temps, plus les objectifs de guerre qui leur sont associés deviennent flous. »

Le réalisme, ces intellectuels l'adoptent aussi comme grille de lecture pour les conséquences géopolitiques qui commencent à se faire sentir en Europe et dans le monde : « La poursuite des combats provoque des humanitaires, économiques et écologiques massives dans entier. Une famine se profile en Afrique, qui pourrait coûter la vie à des millions de personnes. La hausse rapide des prix, les pénuries d'énergie et de nourriture ont déjà provoqué des troubles dans de nombreux pays. Si la guerre se poursuit au-delà de l'automne, les pénuries d'engrais auront également des conséquences planétaires. Il faut s'attendre à un nombre élevé de victimes et une déstabilisation de la situation mondiale. » Pas de catastrophisme apocalyptique, non, la simple réalité dont prennent actuellement conscience les opinions publiques, qui risquent de se défier de leurs dirigeants qui, tels des somnambules, semblent découvrir un peu tard les conséquences de leur traitement du conflit. Là encore, nos intellectuels allemands les mettent en garde contre l'escalade.

Certes, pour les signataires de cette tribune, il ne s'agit pas de sombrer dans la poutinophilie, ni de céder devant la du fait accompli, mais d'appeler à l'ouverture rapide de véritables négociations : « À ce jour, il n'y a pas eu d'effort concerté de la communauté internationale, en particulier de la part des principaux pays occidentaux, pour engager des négociations. »

Au moment où les dirigeants occidentaux ont affiché pour le une complicité décontractée et narcissique, de bien mauvais aloi vu la gravité de la situation, la tribune de ces intellectuels allemands les ramène à la réalité d'une guerre qu'ils n'ont pas su prévenir et qu'ils peinent à endiguer, donnant parfois au contraire l'impression qu'ils soufflent sur les braises.
Ces intellectuels ne sont pas de doux rêveurs : parmi les signataires, un général à la retraite conseiller d'Angela Merkel. Leur tribune est le signe que les opinions publiques pourraient rapidement demander des comptes à leurs dirigeants. Elle a aussi le mérite de rappeler que le débat outre-Rhin est bien plus actif qu'en France.

 

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