C’est désormais certain : Joséphine Baker fera son entrée au Panthéon,
le 30 novembre prochain.
Un collectif (un de plus), ainsi qu’une
pétition de 40.000 signataires ont eu raison des hésitations du
président de la République.
L’artiste reposera aux côtés de Marceau
(génocidaire), Voltaire
(esclavagiste et antisémite), Simone Veil (qui œuvra pour que la
mortalité prénatale retrouve un niveau médiéval) et autres amis du genre
humain. Il n’est pas certain qu’elle aurait choisi elle-même ses
compagnons de cellule, mais enfin, les vacances en lotissement,
fussent-elles éternelles, vous savez ce que c’est : on n’a pas son mot à
dire sur ses voisins.
Née dans le sud des États-Unis, elle devint, après une jeunesse
misérable, une très grande artiste, repérée par des notables qui virent
en elle le symbole de la modernité de l’entre-deux-guerres : jazz,
cubisme, érotisme, art déco, une certaine forme de fascination pour les
mondes exotiques. Tout cela très morandien – il est d’ailleurs possible
que Paul Morand l’ait prise comme modèle pour le personnage de Congo,
l’héroïne d’une des nouvelles de Magie noire.
Elle multiplia les mariages, les amants (et les maîtresses), les concerts, les tournées. Elle servit la France
libre comme agent de renseignement, fut couverte d’honneurs et de
décorations. Elle adopta douze enfants qu’elle éleva dans son château
périgourdin. Elle milita pour les droits civiques des Noirs américains.
Elle perdit tout, fut sauvée de la misère par Grace Kelly et finit ses
jours à Monaco munie, selon une vieille formule, des sacrements de notre
Mère la sainte Église.
Cette vie romanesque mérite un documentaire, un roman, un « biopic »
peut-être. Le Panthéon ? Après tout, pourquoi pas. Si vous regardez les
noms de celles-et-ceux qui y sont toutes-et-tous enterré.e.s, il y a un
peu de tout.
Le plus intéressant, dans tout ça, sera l’angle d’attaque du discours d’Emmanuel Macron.
Il faudra d’abord, bien sûr, faire abstraction de la forme. Chacune de
ses interventions crispe son peuple jusqu’à la limite de l’AVC. Passons
plutôt au fond du discours.
Va-t-il rappeler que Joséphine, de son propre aveu, trouva, en
France, l’accueil chaleureux que l’Amérique raciste lui refusa jusqu’au
bout ? Va-t-il se souvenir qu’elle défila au premier rang, en mai 1968,
pour soutenir de Gaulle contre les gauchistes ?