Marie Delarue 25 mars 2024
L’Europe
l’a décidé : à partir de 2035, c’est la fin des voitures thermiques
neuves.
C’est comme ça, on ne discute pas ! Et puis, c’est facile, c’est
pas cher et ça peut rapporter gros sur le marché des élections, ont dit
nos crânes d’œuf bruxellois.
Alors, en mars 2023, malgré le rétropédalage des constructeurs
européens confrontés à une réalité que personne n’avait étudiée, il a
bien fallu entériner les décisions de l’Union européenne. Qu’importent
les coûts, jamais évalués, qu’importent les difficultés techniques,
jamais évaluées non plus, qu’importent les réticences des automobilistes
qui voient grimper les prix à mesure que s’envole celui de
l’électricité : aucun véhicule neuf vendu à partir de 2035 ne sera
équipé d’un moteur thermique.
Les constructeurs freinent des quatre rouesD’abord enthousiasmés par l’idée de voir s’ouvrir un nouveau marché,
les constructeurs freinent aujourd’hui des quatre roues. Ils le disent
tous : avant de décider ce qui constitue une révolution complète sur le
plan technologique, social, environnemental, aucune étude d’impact n’a
été faite.
Déjà, les acheteurs ne sont pas vraiment au rendez-vous, et pour
cause. En période d’inflation la voiture électrique est un luxe. « En
France, par exemple, il faut débourser plus de 35.000 euros pour la
Peugeot 208 électrique, soit 57 % de plus que la version à essence, même
en tenant compte des aides publiques. Un prix en augmentation de 20 %
sur les trois dernières années », lit-on dans La Tribune. Le patron de Mercedes, lui, a déclaré : « Il
n’est pas possible de prédire exactement si nous vendrons notre dernier
moteur thermique en 2030, 2033 ou encore 2035, car ce sont nos clients
qui décideront », et l’Allemagne a obtenu de l’UE de pouvoir utiliser des carburants synthétiques.
Accusé, comme d’autres constructeurs européens, d’être « sur le côté conservateur de la transition énergétique », le président de Renault, Jean-Dominique Senard, était entendu, le 20 mars,
par la commission des Affaires économiques du Sénat. Il a évidemment
déploré qu’aucune étude d’impact n’ait été faite en amont. Conséquence :
« Une fois que la décision a été prise, tout le monde a découvert
ou a fait mine de découvrir que nous avions un énorme problème autour
des ressources nécessaires pour alimenter les usines de batteries. » On s’est tout à coup aperçu que « l’Europe était dépourvue d’accès significatif aux mines (de métaux rares) nécessaires à la fabrication des batteries ». Bref, de ce fait, « l’industrie automobile s’est trouvée devant des défis majeurs qui n’avaient pas été anticipés ».
L’Asie, elle, a anticipé, comme l'atteste le dirigeant de Renault : « Depuis 25 ans, la Chine […] a mis la main sur une quantité significative de mines. » Et d'ajouter que « la Chine domine entre 60 et 70 % de l’accès aux mines de métaux nécessaires pour la production d’énergie électrique ».