03/02/2023
ENQUÊTE – Les Sages de la rue de Montpensier ont déclaré inconstitutionnel un article charnière du Code des douanes leur permettant de fouiller personnes, véhicules et marchandises. Les douaniers s’alarment.
«Sans l’article 60, c’est toujours plus de stupéfiants dans les collèges et lycées, d’armes et de tabac illégal en circulation sur le territoire, et moins d’argent dans les caisses de l’État». L’heure est à l’affolement pour le douanier Romain Simeon, du syndicat Unsa. Voilà quelques mois qu’un des textes fondateurs du travail des «gabelous» – il autorise à fouiller marchandises, moyens de transport et personnes – a été abrogé après décision du Conseil constitutionnel. «C’est une décision qui ne rend service qu’aux truands», déplore David-Olivier Caron, son collègue de la CFDT. La discrète administration étatique, à l’origine de près de 90% des saisies de marchandise de contrebande sur le territoire, craint de voir ses pouvoirs réduits à néant. Censure oblige, des affaires judiciaires tombent petit à petit. Comme ce routier polonais, relaxé malgré le transport de 53 kilos de cannabis en Charente-Maritime. Même chose pour ce conducteur d’un fourgon qui contenait du matériel pour les passeurs, à Lille. Ou encore ces deux Arméniens, contrôlés avec 2,3 kilos de cocaïne à Reims. «Si on continue comme ça, c’est la fin de la douane française, et l’autoroute pour les trafiquants», renchérit une syndicaliste.
À l’origine de cette «censure», comme souvent, on trouve une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), cette procédure de contrôle de constitutionnalité sur les lois déjà promulguées. Et une affaire on ne peut plus commune : le 10 février 2022, un certain Mounir S. est contrôlé par une brigade douanière de surveillance intérieure (BSI) à Vierzon (Cher) au volant de son véhicule, alors qu’il se rend à Toulouse. Les agents découvrent que l’homme, d’une quarantaine d’années, transporte avec lui pas moins de 47.000 euros, répartis dans des paquets thermosoudés dissimulés dans la portière avant droite.







