vendredi 28 février 2020

N’être rien





Nothing, nichts, nada, niente, niets, nic, nitchego…

Dans toutes les langues européennes, « rien » est rendu par un mot qui commence par « n », consonne parfaitement négative.

En latin, c’est « nihil » dont nous avons tiré « annihiler ».
Le dictionnaire de l’Académie Française définit ainsi ce verbe : « Réduire à rien, rendre totalement inefficace ».
C’est l’exact équivalent de « anéantir », c’est-à-dire « envoyer dans le néant »
« »… ce petit mot transporte une pulsion de mort, le désir que l’autre n’existe simplement pas, qu’il soit rayé de la surface de la terre et, à la limite, qu’il n’ait jamais existé.
Il y a un relent de totalitarisme dans l’usage de ce mot, qui ne peut pas être lâché comme une pestilence ordinaire.
Comme le rappelait, hier, l’excellent Georges Michel, voilà deux fois que le pouvoir en place nous fait le coup.
Il y a eu d’abord, en 2017, le président lui-même, l’homme de tout le peuple, le rassembleur, le guide du troupeau… enfin de presque tout le troupeau !
On se souvient de sa coupable fraction des Français entre « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ».
Aujourd’hui, c’est un député de la majorité qui enfonce le clou : le rapporteur du projet de loi sur les retraites, l’honorable Nicolas Turquois, en pleine assemblée, lance à l’opposition : « La République, c’est nous et vous, vous n’êtes rien ! »

 Cela me rappelle une autre saillie d’un parangon de vertu démocratique, qui, au lendemain de la victoire de Mitterrand, assénait à l’opposition : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaire ». Du grand art !
Braves gens qui avez envoyé à l’Assemblée un député non conforme, vous voilà prévenus !
Vous pensiez avoir participé à la vie de votre pays, avoir « fait votre devoir », avoir agi en démocrate – vous savez, le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple –, bref, vous être comporté en citoyen, tout simplement.
Eh bien ! vous avez tort !
Vous ne pesez pas un pet de lapin face à cette arrogance, ce mépris, cette insolence, que l’on nous sert jusqu’à la nausée.
Souvenez-vous de Le Gendre qui proclamait qu’on ne comprenait pas la politique du gouvernement parce qu’ « ils avaient été trop intelligents » !
Et nous, pauvres imbéciles, on compte sur les doigts d’une main les trois neurones qui nous restent peut-être face à leur brillance étincelante.

« Vous n’êtes rien »…

La classe politique presqu’entière s’émeut que l’on retrouve sur internet les photos d’un organe qui n’aurait jamais dû quitter le pantalon de son propriétaire : cette « atteinte à la vie privée met en danger la démocratie », pleurniche-t-on tous azimuts !
Faut quand même pas charrier !
Imaginons une échelle de Richter de la gravité des fautes politiques et, donc, des dangers pour la démocratie : entre un imbécile exhibitionniste pris la main dans… le sac et un parlementaire qui rêve de pulvériser toute opposition, mon choix est vite fait.

Yannik Chauvin

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