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mercredi 12 janvier 2022

Le triple culot de Gérald Darmanin


 
 
 Georges Michel 11 janvier 2022

La campagne bat son plein, de candidats mais aussi de petites phrases. 

Au lendemain de la visite d’Emmanuel Macron à Nice, sur les terres de Christian Estrosi – visite, on est bien d’accord, qui n’a rien à voir avec la campagne présidentielle -, Gérald Darmanin, ce mardi matin, était sur le plateau de RTL pour faire le service après-vente. Le ministre de l’Intérieur avait sorti, pour l’occasion, le nettoyeur à haute pression (faut plus dire « Kärcher™ », la maison titulaire du nom venant de sommer de « cesser immédiatement tout usage de sa marque », on imagine que c’est valable pour tout le monde) contre ses anciens petits camarades de LR, et Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, qui a boudé la visite présidentielle niçoise.

Faut s’attendre, effectivement à ce que la Macronie tape comme un sourd sur la candidate des LR, considérée comme une menace pour Macron si elle accédait au second tour. Cela dit, au dernier sondage, elle perdrait à 46 % face à Macron, ce qui n’est pas terrible pour quelqu’un qui, soi-disant, pourrait faire flancher le Président sortant. Il se peut, d’ailleurs, que l’on commence à se dire, ici et là, que Pécresse et Macron, c’est pareil, ou presque. On se souvient du sketch de Coluche : « Qu’est-ce que c’est qu’il y a comme différence entre Giscard et Chirac ? Y en a pas ! Mais Chirac le sait pas, lui ! Tandis que l’autre, il a bien vu que c’est le même… » Macron, tout comme Giscard, doit savoir…

Darmanin a donc sorti le nettoyeur à haute pression – ou, si vous préférez, la sulfateuse – et a fait preuve, comme à son habitude, d’un culot qui force le respect. « Nous continuons ce que l’on a fait depuis cinq ans […] a supprimé quinze unités de forces mobiles. » C’était sous Sarkozy et Pécresse était ministre du Budget (en fait, elle le fut tout juste six mois : de juin 2011 à mai 2012). À l’époque, le jeune Darmanin était conseiller régional UMP et occupait les fonctions de chef de cabinet de David Douillet, secrétaire d’État des Français à l’étranger. C’est sans doute ce qui lui permet aujourd’hui d’être aussi critique envers la politique de son mentor, Nicolas Sarkozy.

Mais le culot de Gérald Darmanin ne s’arrête pas là. Du reste, on se demande, en la matière, ce qui l’arrête vraiment. Le boycott par Éric Ciotti de la petite sauterie sécuritaire du Président-pas-encore-candidat-mais-qui-fait-campagne-quand-même se devait d’être pointé du doigt : « Je regrette qu’on ait oublié la politesse, la coutume républicaine pour accueillir le président de la République. En même temps, c’est la campagne, cela laisse dire parfois n’importe quoi aux oppositions. » Effectivement, c’est la campagne et ne se gêne pas pour utiliser toute la puissance de l’État pour faire la sienne. Ses annonces pour les prochaines années en matière de sécurité, notamment le doublement du nombre de policiers dans les transports, le budget augmenté de quinze milliards, raisonnent comme des promesses électorales et, d’ailleurs, au passage, soulignent en creux les manquements du mandat qui s’achève.

Et le comble du culot, évidemment, c’est d’oser parler de « politesse », certes « républicaine » (on imagine que cette politesse républicaine doit être à la politesse ce que la musique militaire est à la musique), alors qu’il y a tout juste une semaine, le président de la République se permettait de parler vulgairement dans un grand journal et d’assumer vouloir maltraiter des millions de Français. On ne doit pas avoir la même définition du mot « politesse ».

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