
Frédéric Sirgant 31 décembre 2022
Il y a une dizaine de jours, le président LR de la région Grand Est annonçait qu'il démissionnait pour des « impératifs familiaux ».
Naïvement, on hésitait entre le respect, l'admiration voire la
compassion : on imaginait le grand notable affrontant une maladie, se
consacrant à sa famille, que sais-je.
Et puis, ce vendredi, on apprend que les impératifs familiaux
n'étaient que le joli ruban d'un très joli cadeau pour lequel l'élu a
abandonné une présidence de région. Pour ce médecin urgentiste de
formation, ce sera toujours le Grand Est, toujours à un poste de
dirigeant, mais dans un grand groupe immobilier privé ! La société si
bien nommée Réalités l'a en effet annoncé ce vendredi sur son site
Internet : « Le groupe Réalités annonce l’ouverture à l’été 2023 de
sa direction régionale Grand Est. Elle sera dirigée par Jean Rottner,
qui, après avoir quitté la vie publique, rejoint l’aventure
entrepreneuriale. » Évidemment, un couplet sur les valeurs communes
entre le groupe et le nouveau recruté enrobe ce que d'aucuns nomment
déjà un pantouflage : des « valeurs fortes telles que l'humanisme, l'exigence, l'optimisme ». Prière de ne pas rire.
En effet, ce qui fait réagir des élus de tous bords (sauf LR, pour le
moment), c'est bien évidemment le risque de conflit d'intérêts.
Pour
Éliane Romani, chef du groupe écologiste citée par Le Monde, M. Rottner «
utilise le réseau qu’il a acquis dans ses fonctions publiques pour
aller servir une organisation privée qui a des rapports avec les
collectivités, c’est une définition du pantouflage ». Pour le macroniste Christophe Choserot, «
il part avec une quantité de données territoriales importantes. Qui est
mieux placé qu’un président de région pour faire du conseil et de
l’accompagnement territorial ? Peut-être qu’un jour en tant que maire je
vais le recevoir pour tel ou tel projet, c’est troublant. » Même
la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) a été
gênée aux entournures et a rendu, en septembre, un avis « compatible avec réserves »…
Et Laurent Jacobelli, chef du groupe RN au conseil régional, dénonce un véritable « scandale » puisque les choses étaient faites depuis six mois :