Marc Baudriller 22 mars 2024
Les
agriculteurs n’ont pas fini de rire… ou de pleurer. Car ils le savent
bien, on ne fait pas d’un mulet un cheval de course, ni d’une betterave
un ananas.
Ainsi, le tandem Emmanuel Macron-Pascal Canfin vient-il de se
pencher à nouveau sur le secteur agricole. Sauve qui peut !
De Bruxelles, où il participait au Conseil européen, le président de
la République a poussé une forme de cri de victoire. Traduit dans le
jargon administratif qu’il affectionne, et précisant que la France n’est
pas la seule touchée (« C’est pas que moi », disent les enfants), cela
donne : « Ce conseil a permis de répondre à la crise européenne de
notre modèle agricole qui s’est exprimée dans beaucoup de pays, dont la
France », a expliqué, ce 22 mars, le bon Président Macron.
C’est décidé, annonce le Président, on lance la fameuse arlésienne de la simplification : on va « réduire la charge administrative », diminuer les contrôles, gagner en souplesse. Il a sous le coude un nouveau slogan : « simplification et pragmatisme (sic !) ».
Du Macron pur beurre ! Hourra ! Le monde agricole est-il sauvé ?
Va-t-on battre des mains dans les campagnes et boire le vin de la cave ?
Donc, on continue...
Hélas, en quelques années, l’hôte de l’Élysée est devenu prévisible.
Tout ce qui pourrait passer pour un handicap sur la route de ce qu’il
détermine comme un progrès, fût-ce au prix du sacrifice de toute une
profession, doit servir à… accélérer le mouvement. Résultat : le cap ne
change pas. On se contentera de mesurettes.
En langue macronienne, exprimée ce 22 mars, cela donne : « Le message ne doit pas être d’abandonner toutes nos ancres, ce serait revenir en arrière. »
Donc, on continue. Comme si les manifestations d’agriculteurs, les
colères, les larmes, les débats, les chiffres, la stupéfaction solidaire
des Français, le Salon de l’agriculture, comme si tout cela n’avait pas
existé ou n’avait servi à rien, Macron va se contenter de petits
réglages fins, sans la moindre remise en cause. Une fois de plus. « Mesures de freinage » sur l’invasion des produits ukrainiens (poulet, sucre…), « régulation », « concurrence équitable » sur le marché intérieur et les marchés internationaux, simplification, révision d’EGAlim. On plume des œufs.