Il serait idiot de prétendre que les slogans scandés lors des manifestations échappent à l’outrance, au mauvais goût, à l’amalgame douteux.
C’est la règle du jeu, les manifestants ne sont pas astreints à
conférer une présomption d’innocence à ceux qu’ils contestent ni à
instruire à charge et à décharge tous leurs griefs de façon
circonstanciée. La copie ne prétend ni au Goncourt ni au prix Nobel de littérature. C’est plutôt le règne de l’emporte-pièce, et un Bernard Blier aurait tôt fait de conclure que « c’est du brutal ! » Les récentes manifestations contre le passe sanitaire
et la vaccination obligatoire n’échappent pas à cette règle, bien
entendu. Eh oui, à Vannes, la tranquille, la bien élevée, ont été criés –
entre autres – « Tout le monde déteste les journalistes » et « Journalistes, collabos ! »
Ouest-France, sous la plume d’Isabelle Jégouzo, a couvert la manifestation de samedi 14 août, à Vannes, dans un article digne des grandes heures de la Pravda. J’étais présent à cette manifestation et souhaite rebondir sur sa prose.
Elle titre que le passe aurait un peu moins mobilisé, indique entre
2.000 et 3.000 personnes dans le chapô et mentionne que la police n’a
évalué que 2.150 participants, pour 10.000 revendiqués par les
manifestants. C’est bien, d’imaginer que la police puisse minorer un
chiffre, bref, mentir. Cela n’apprend rien à personne, mais c’est bien.
Par contre, annoncer une mobilisation moindre et rester dans un ordre de
grandeur inférieur à la première manifestation du 17 juillet relève de
la désinformation manifeste.
Taire que l’autre grande revendication de cette manifestation est le refus d’une vaccination obligatoire
et laisser supposer que cette hostilité concerne la vaccination en
général est aussi un accroc à l’obligation déontologique de reporter des
faits. N’est-ce pas pour pratiquer une reductio ad antivaccinum ?
Bien sûr, il fallait, pour discréditer les manifestants, relever un
peu de farfelu et de loufoque : il y a, dans la même phrase, l’évocation
d’un slogan sur le vaccin 5G (que je n’ai personnellement pas entendu
ou lu) et celui où serait dénoncée une dictature.