
Bécassine prend l'avion
Frédéric Sirgant 26 décembre 2021
Il
y a plusieurs façons de prendre cette « affaire » qui a tourné sur les
réseaux sociaux, ce 25 décembre, sous les hashtags #MontchalinGate ou
encore #MontchalinDemission.
Affaire avec beaucoup de guillemets,
convenons-en, car il n’y a ni mort
d’homme ni détournement de millions. Seulement quelques petits
arrangements avec la vérité, d’une part, par un ministre en vue du gouvernement Castex, d’autre part par un journal – Libé – qui s’est fait une spécialité de traquer certaines « fake news » via sa rubrique « CheckNews ».
Par où faut-il commencer ? Par le parcours du combattant
administratif d’un ministre souhaitant passer Noël en famille en
Haute-Savoie et prenant, par conséquent, un avion pour Genève. Un
ministre qui se heurte à la complexité changeante des règles sanitaires
mais qui, contrairement à vous et moi, dispose d’un cabinet pour être
irréprochable. Ledit cabinet a d’ailleurs argué de cette complexité dans
ses explications à Libé : « Il se trouve que les
conditions pour voyager peuvent changer assez rapidement en fonction des
pays ou des compagnies. On a donc demandé à l’ambassade si Amélie de
Montchalin avait besoin de faire un test ou si le passe sanitaire suffisait, puisqu’elle ne faisait que passer par Genève, comme beaucoup de frontaliers. »
Au passage, on devrait peut-être tous appeler pour savoir si notre
dose, c’est à 3, 4 ou 5 mois. Notre isolement à 5, 7, 10 ou 17 jours.
Notre entrée au café avec passe ou passe + test… Ce serait donc
l’ambassade de France qui aurait indiqué au cabinet qu’il n’y avait pas
besoin d’ajouter le test au passe, pour faire vite. Quiconque transite
par Genève sait que c’est bien le menu test ET passe qui est servi à
tous. Légèreté de l’ambassade ? Sentiment que, pour une VIP, la règle
helvète pourrait s’assouplir ? On ne saura certainement jamais et peu
importe.
Mais toujours est-il que, non testé, le ministre a bel et bien été
refoulé du vol qu’il voulait prendre. Traduit par son cabinet : « Arrivée à la porte d’embarquement à l’aéroport [de Roissy],
on lui a signifié qu’il fallait en fait un test antigénique. Elle est
donc allée en faire un à l’aéroport, et a pris le vol suivant, environ
une heure plus tard, en prenant un nouveau billet. »
Sur Twitter, c’est Jacques Clostermann, ancien pilote de chasse et
pilote de ligne, qui, le premier, a levé ce lièvre du 25 décembre,
pensant d’abord que le ministre n’avait pas de passe. Libé
s’est immédiatement jeté sur lui, se contentant de relayer les dires du
cabinet du ministre.