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vendredi 7 novembre 2014

Djihad, smileys et niqab : comment metronews a intégré les réseaux islamistes féminins sur Facebook

Mis à jour : 07-11-2014 10:51
- Créé : 06-11-2014 18:53




 ENQUÊTE - Pendant plus d'un mois, metronews a créé un faux profil Facebook pour se mettre dans la peau d'Aïcha, une adolescente aspirante au djihad. Objectif : tenter de comprendre comment une jeune femme sans histoire peut basculer dans le radicalisme le plus extrême avec une simple connexion Internet. En quelques semaines, nous sommes passés de simple ado à spécialiste de l'islam rigoriste, future mariée et prétendante au djihad.

C'est un monde peuplé de cœurs roses, de "bisous" et d'état-d'âme juvéniles.
Le compte Facebook d'Aïcha, 17 ans, ne diffère pas de celui d'une adolescente lambda.
 À une différence près : ses amies ne mettent pour la plupart pas de photos d'elles.
C'est "Haram" ("pêché") disent-elles.
Elles n'acceptent pas "les frères" en ami et en guise de statut, récitent des sonnets du Coran.
 Elles ne s'appellent pas Léa, Samia ou Dorothée, mais "Um"("mère de") ou "Fleur d'islam".
Dans la case profession, beaucoup indiquent "au service d'Allah".
Certaines prennent soin de préciser : "convertie".

Pendant un mois et demi, metronews a créé un faux compte Facebook pour tenter de comprendre comment Assia Nora ou Soukaïna avaient pu être embrigadées et fuguer pour rejoindre la Syrie (lire aussi : Comment Facebook m'a mis sur la voie du djihad, sur rue89).

 Notre Aïcha a 17 ans, c'est une lycéenne sans histoire de banlieue parisienne.
Elle se pose des "questions" sur l'islam.
 Il a suffi que nous nous inscrivions à des groupes de discussion islamique, que nous aimions "l'Etat islamique de l'Irak et du Levant" (plus de 50 000 fans) pour que le site nous suggère quelques personnes à "ajouter" : des hommes qui posent arme à la main, des femmes répondant au nom de 'salafi" ou des comptes de "rappels islamiques".
 En une semaine, nous avions déjà plus de 100 amis.
 Presque tous étaient des femmes.
 90 % d'entre elles étaient voilées. Intégralement.

Vidéos insoutenables

Sur leur compte Facebook, les jeunes extrémistes se soutiennent pour porter le jilbeb, un voile long qui laisse seulement apparaître le visage [le niqab, cachant le visage, est interdit dans la loi française ndlr].
 Elles encensent la "pudeur" et la "vraie beauté" de la femme pieuse.
Certaines envoient des "selfies", les yeux brillants et le visage couvert pour se féliciter de leur nouvelle vocation.
 Quand nous nous plaignons de nos parents qui nous interdisent le voile, une "sœur" répond : "porte-le ukhti [sœur ndlr]. On vit pour Allah pas pour nos parents".

 Les "sœurs" n'hésitent pas à faire marcher la solidarité, quitte à organiser des recueils de dons pour faciliter les achats de voile intégral.
Ici, on débat aussi beaucoup du "Sham", l'Etat islamique.
Si certaines restent horrifiées devant l'horreur de la guerre, une majorité de nos amies soutiennent le djihad.
 Elles partagent des vidéos, très longues, de propagande de l'Etat islamique, sous-titrées en Français.
Très rapidement, nous sommes confrontés à un nombre incalculable de vidéos, officielles ou amateurs, de combattants, de clichés d'enfants martyrisés par les "mécréants", des cadavres de "frères" tués par l'ennemi mais qui meurent "le sourire aux lèvres".
Le contenu, parfois insoutenable, tourne en boucle sur les réseaux.
Pour autant nos amies ne sautent pas forcément le pas.
Si leur photo de profil représente parfois des paysages de Syrie ou d'Irak, si elles maudissent les "koufr" (mécréants), la plupart d'entre elles habitent toujours en France.
Elles sont lycéennes à Brest, Grenoble ou en région parisienne, coiffeuses à Dijon ou vendeuses dans le Sud.

Demandes en mariage

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Désormais, notre profil n'est plus consacré qu'à l'islam radical, qu'à la défense du djihad et à la conduite parfaite que doit tenir une femme "pieuse".
Nous sommes "taggués" sur certaines photos, cités dans des rappels et certaines amies viennent faire connaissance.
À la moindre question, les "sœurs" constamment connectées, répondent instantanément, à grand renfort de "smileys".
Parmi ces comptes, "RPS" aime jouer le rôle de "grande sœur" et publie chaque jour des dizaines de rappels de bonne conduite pour agir en parfait petit soldat rose.
Conseils de vie, philosophie, amour, pour chaque aspect de la vie privée, elle trouve des hadiths (des interprétations du Coran) correspondants.
En privé, elle nous conseillera rapidement de quitter notre famille et d'arrêter l'école pour mieux pratiquer notre foi.
Elle nous trouvera même un mari, son beau-frère.
Un jeune homme de 18 ans, qui rêve de partir faire le djihad.

Coeur et niqab

Car dans le monde d'Aïcha et de ses amies, si les hommes sont absents – ils ne sont pas censés côtoyer les femmes célibataires - beaucoup tentent pourtant d'engager le dialogue.
C'est le cas de Mohamed*, un allemand.
Après les vérifications d'usage (es-tu musulmane, portes-tu le voile intégral, soutiens-tu la Palestine), il nous demande en mariage quasiment instantanément.
Objectif : partir au Sham (l'Etat islamique) le plus rapidement possible.
Après un mois d'activité, plusieurs dizaines de conversations virtuelles et deux demandes en mariage, aujourd'hui, le profil d'Aïcha est en "sommeil".
Elle a plus de 200 amis et continue de recevoir, chaque jour des invitations.
 Sur sa page d'accueil, les statuts de ses "sœurs" défilent, entrecoupés par quelques rappels à l'islam rigoristes et des photos d'hommes au combat.
Dernier cliché : celui d'une femme en niqab. Elle a réuni ses mains, pour former un cœur.
* Les prénoms et noms de compte ont été modifiés

LIRE AUSSI >> Olivier Roy : "Si vous êtes jeune, il n'y a guère plus que le djihad sur le marché"

Difficile pour Facebook de tout contrôler
Parfois, les profils de nos "sœurs" les plus extrêmes sont soudainement supprimés.
Comme celui de "OS", qui avait posté une photo de têtes décapitées.
"Le profil a été signalé par les utilisateurs" précise Facebook.
Pour supprimer les contenus les plus violents, Facebook ne dispose que d'un contrôle "a posteriori".
"Dès qu'on nous signale un contenu choquant ou offensant, ça remonte très vite et nous le supprimons rapidement", indique-t-on chez Facebook France, qui tient à préciser : "le terrorisme n'a pas sa place sur Facebook".

Le site dispose de collaborateurs 7j/7 et 24h/24 pour traiter les demandes et dispose également d'outils pour détecter les comptes associés après la publication de contenus polémiques.

Pour autant, des dizaines de photos de cadavres ou de vidéos de propagande continuent à être postées chaque jour sur le réseau social.

Les contenus deviennent très rapidement viraux, d'où la difficulté grandissante de les contrôler.

Autre vice caché : l'algorithme qui permet de retrouver ses amis.

 En adhérant à quelques groupes ciblés, c'est Facebook lui-même qui nous met en contact avec d'autres aspirants au djihad.

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