mardi 8 mai 2018

10.000 médecins en plus depuis 2012, et pourtant on en manque : je vous explique

 
 


Le 08/05/2018

Richard Hanlet                 
Médecin

C’est ce qu’on appelle un service public « à la française »…

Une récente étude de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la Santé) confirme que l’offre médicale devrait croître moins vite que la demande au cours des dix prochaines années.
Pourtant, la France ne manque pas de médecins ; ils sont même 10.000 de plus qu’en 2012 (+4,5 %). Le hic, c’est qu’ils sont plus attirés par les spécialités (+8 %) et surtout par le salariat (+11 %) que par la médecine générale libérale (-2%), celle à laquelle nous voulons tous accéder facilement.
D’où la multiplication de ces fameux « déserts médicaux », dont beaucoup croient encore qu’ils ne sont que dans nos agrestes campagnes, mais qui en réalité mitent aussi les villes grandes et moyennes, parce qu’en l’absence de liberté des honoraires, le montant des charges y réduirait le revenu disponible à celui d’un cadre très moyen.
C’est pourquoi, outre qu’ils travaillent moins bien en faculté, les garçons sont de moins en moins attirés par la médecine.
Or, avec la féminisation subséquente de la profession (46 % aujourd’hui, et ce sera plus de 60 % dans 15 ans), le temps de travail individuel moyen diminue.
Beaucoup de ces dames – et c’est leur droit – sont sensibles à la norme des 35 heures, ce que leurs aînés auraient appelé… du temps partiel !
Ainsi, insensiblement, dans nombre de foyers de la classe moyenne supérieure, le revenu médical de l’épouse est devenu le « deuxième salaire ».
Pour la démographie des infirmiers, en revanche, c’est le beau fixe : les effectifs de la profession devraient, selon la DREES, gonfler de 53 % d’ici à 2040 !
Ce qui pourrait certes combler une partie des besoins d’une population vieillissante, mais qui permettrait aussi – dans un premier temps – de leur déléguer (sous la responsabilité d’un praticien) certaines tâches médicales avant de les leur transférer purement et simplement.
C’est le genre de pression qu’exercent en ce moment les sages-femmes, profession en principe consacrée à la seule périnatalité, pour mettre la main sur la santé des femmes depuis leur premier vagissement jusqu’au dernier soupir…

À l’hôpital, rien de bien neuf.
Une armée mexicaine de fonctionnaires au taux d’absentéisme record, entre les mains de syndicats ultra-revendicatifs, paralysant des directions tétanisées.
Il suffit de comparer avec les cliniques privées, aujourd’hui aptes à effectuer la quasi-totalité des mêmes tâches : à nombre de lits égal, il y a, dans le secteur public, 30 % de personnel médical ou technique en plus et… trois fois plus d’administratifs.
Ce qui ne les décourage jamais de réclamer sans cesse plus de moyens et plus d’embauches.

C’est ce qu’on appelle un service public « à la française »…

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