mardi 20 septembre 2016

Dans les cabinets, c’est « Courage, fuyons avant une déroute annoncée ! »


 
 
Le 20/09/2016
Gabrielle Cluzel

Tout cela sent sa fin de règne. Et la fin de règne piteuse.

Le Monde, qui a épluché le Journal officiel, l’a révélé ce matin.
 Dans les arcanes du pouvoir, c’est l’exode, la débâcle, la débandade, la retraite de Russie : « À quelques mois des élections présidentielle et législatives, les vannes des cabinets ministériels et de l’Élysée sont grandes ouvertes. Dans le sens du départ. Courage, fuyons avant une déroute annoncée. »
Bien sûr, précise le quotidien, « la période préélectorale est toujours propice à des reclassements – ou à des promotions pour services rendus – avant une éventuelle alternance », mais là, « en l’espace de cent jours, pas moins de 57 membres de cabinets ministériels et à la présidence de la République ont cessé leurs fonctions, soit un peu plus de 10 % des effectifs ».
Même sans tenir compte du départ de Macron, et de sa vingtaine de collaborateurs.

À titre de comparaison, Le Monde précise qu’en 2011, à la même période, le nombre de départs était deux fois moins élevé.
Et ce beau monde ne prend pas la tangente, son petit balluchon sous le bras, sans avoir assuré ses arrières : « La plupart retrouvent les rangs de la haute fonction publique ou celles qui lui sont proches. »
Certains, cependant, partent dans le privé.
« Au cours de ces dernières semaines, plusieurs d’entre eux ont trouvé un point de chute dans des entreprises où leur expérience et leur carnet d’adresses pourront être mis à profit. »

Tout cela, évidemment, sent sa fin de règne.
 Et la fin de règne piteuse.
La réélection, bien sûr, ils n’y croyaient pas.
Pas plus qu’ils ne croyaient un tant soit peu à ce qu’ils faisaient, sinon ils seraient restés pour tenter, sinon d’achever, au moins d’avancer.
Le radeau de La Méduse, le Titanic, ce sera sans eux, ils se jettent dans la première chaloupe tant qu’il est encore temps.
Que le bâtiment n’a pas encore sombré.
Ils ne sont pas suicidaires non plus.

Sauf qu’eux étaient de l’équipage.
Si le paquebot France s’est radicalement planté de direction, a fait naufrage et coule à pic, c’est que leur navigation a foiré, que leurs calculs étaient bidon, qu’il ont préféré faire la fiesta que tenir le quart.
Ou tout cela à la fois.
Pour s’être mis à l’abri avant les passagers, pour les avoir lâchés dans l’adversité, celle-là même dans laquelle il les avait fourrés, le pacha du Costa Concordia a été condamné à 16 ans de prison…
 Est-il utile de le préciser ?
 Aucune autre compagnie maritime ne songe à le réembaucher.

Et qui, dans l’intervalle, va reprendre les dossiers ?

Et combien de temps faudra-t-il à celui qui arrivera, si tant est qu’il existe, pour se les approprier ?

Sauf que la plupart des Français, eux, n’ont pas d’autre choix que de rester.
Ils ont beau anticiper la cata, voir l’iceberg dangereusement se rapprocher, râler, gesticuler, tirer, comme ils peuvent, la sonnette d’alarme, rien n’y fait.
Il faut bien vivre sur ce bateau ivre, prisonniers de leur petite bicoque devenue – entre insécurité et immigration incontrôlée – invendable, de leur petite boîte devenue – entre crise et impôts décuplés – insolvable.

Se demande-t-on quel effet délétère peut avoir sur ceux-là le spectacle de ces serial lâcheurs qui n’ont pas seulement la dignité de tenir leur fonction jusqu’à la chute ?

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