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jeudi 12 décembre 2024

Mohammed al-Bachir, nouveau chef du gouvernement syrien et islamiste habile

le nouveau chef de gouvernement syrien 
 
capture écran DW News

 

 

Après Abou Mohammed al-Joulani, nouveau chef d’Etat syrien, un nom surgit aux yeux du monde.

 Celui du chef du gouvernement transitoire syrien nommé par les « rebelles » : Mohammed al-Bachir. C’est un ingénieur, il serait "consensuel ". Ami ou ennemi ?

Lors de sa conférence de presse donnée le 10 décembre à Damas, Mohammed al-Bachir arbore un costume occidental, une calvitie et une barbe mahométane, c’est-à-dire sans moustache et légèrement taillée. Il annonce au pupitre qu'il assurera la phase de transition syrienne jusqu’à mars 2025, pour mettre en place une démocratie.

Les droits de tous les peuples seront garantis

« Il a été choisi pour sa méthode de gestion très consensuelle », explique au Parisien le politologue Hasni Abidi, spécialiste du monde arabe, Son profil non militaire permet de « promouvoir la dimension civile et administrative » de la nouvelle gouvernance. De quoi rassurer ? Interrogé en conférence de presse par le Corriere della Sera sur son passé de djihadiste, Mohammed Al-Bachir répond : « La mauvaise conduite de certains groupes islamistes a conduit de nombreuses personnes, en particulier en Occident, à associer les musulmans au terrorisme », « les droits de tous les peuples et de toutes les communautés [de] Syrie » seront garantis, assure-t-il. Mais il est un proche du groupe djihadiste HTS, Hayat Tahrir al Cham, ancien groupe syrien al-Nostra... une branche d’al-Qaïda. C’est ce qu’explique Wassim Nasr le spécialiste des mouvements jihadistes sur RFI. « C’est un technocrate, un technocrate islamiste ». Toutefois, Mohammed al-Bachir « n’est pas dans la mouvance dans laquelle était Abou Mohammed al-Joulani et certains de ses aides de camp », tempère Wassim Nasr.

Son diplôme en charia et en droit, obtenu en 2021 à l’Université d’Idleb dont il est originaire, lui donne une épaisseur intellectuelle, une colonne vertébrale islamique. C’est ainsi que Mohammed Al-Bachir a pu exercer comme directeur de l'enseignement de la charia pendant deux ans et demi à Idleb, au sein du parti islamiste local Salut de la Révolution, en 2022. Il s’agissait d’un gouvernement autonome et autoproclamé.  La ville constituait alors le dernier bastion des groupes djihadistes ou rebelles En 2023, ils étaient encore 220 selon la DGSE.

lundi 9 décembre 2024

[POINT DE VUE] Chute d’Assad en Syrie : qui sont ces « rebelles » ?


Capture d'écran CNN Capture d'écran CNN

 

L’actualité occidentale a éclipsé cette nouvelle objectivement terrible : le régime de Bachar el-Assad, en Syrie, vient de tomber. 

Dans les rues de Damas, les colonnes de ceux que l’on appelle pudiquement « les rebelles » paradent tandis que les statues des Assad sont déboulonnées et que le palais du dictateur déchu est livré au pillage, comme on pouvait le voir ce dimanche soir, sur TF1

Il y a beaucoup de leçons à tirer de cette offensive. Des leçons pour la région comme pour nous-mêmes.

La Russie, qui avait dégarni le front levantin pour se recentrer sur l’Ukraine, n’a pas pu aider son vieil allié. Bachar el-Assad s’est enfui, emportant certainement avec lui la douce Asma et leurs enfants. Ce n’était pas un démocrate, ce n’était pas un philanthrope, c’était même un dictateur impitoyable, en cela digne héritier de son père Hafez, dont le nom de famille originel n’était pas el-Assad (« le lion ») mais « al-Hawch » (« la bête sauvage »). Nomen omen, disaient les Romains, le nom est un présage, et la famille Assad - le clan Assad, pour les journalistes - avait mérité le sien.

Pourtant, la Syrie était l’un des derniers États à peu près stables de la région, malgré les attaques internes et les invasions étrangères (comme celle de la Turquie, fin 2019). Ce précaire équilibre s’est rompu en une semaine, sous la pression d’un rezzou massif et agressif, avec des victoires dont les vidéos ont été abondamment relayées sur X et Telegram. Dans les rues de Palmyre, on brandissait à nouveau le drapeau noir frappé de la chahada, tandis que des soldats barbus, l’index vers le ciel, remerciaient Allah pour la victoire. Ces « rebelles » avaient tout de même furieusement l’air de ressembler à des islamistes, et pour cause : leur principale composante est le Hayat Tahrir al-Sham (organisation de libération du Levant, en arabe), HTS en forme courte, qui fut à l’origine, sous le nom de Front al-Nosra, une branche d’al-Qaïda en Syrie. Vous savez, al-Nosra qui faisait « du bon boulot », comme disait alors Laurent Fabius.

Le chef de cette bande vient d’être désigné comme président de la Syrie. C’est un islamiste « radical pragmatique », selon l’AFP, qui manie les pincettes comme personne, un brave garçon qui a fait cinq ans de prison en Irak avant de fonder al-Nosra, préférant al-Qaïda à Daech. À l’instar de tous les djihadistes, Ahmed al-Chareh a jadis adopté un nom de guerre composé, selon la tradition, du prénom de son fils aîné et de sa région d’origine, en entrant dans la clandestinité : Abou Mohammed al-Jolani. C'est sous ce nom qu'il est désormais chef d'État. Al-Jolani signifie « originaire du Golan », car Israël a chassé sa famille de la région. Là aussi, nomen omen : ce week-end, Israël se réjouit de la chute de Bachar et annonce immédiatement que les accords du Golan, signés en 1967, sont rompus. L’État hébreu va pouvoir relancer des opérations de prédation sur le territoire syrien, tandis que le nouveau président syrien est prêt à se battre jusqu'à la mort pour le plateau du Golan.