
La tolérance pour ces pratiques d’un autre âge vous scandalise ? Vous voulez protester ? N’en faites rien…
Elle avait été déclarée non coupable par la Cour suprême de son pays, et sa libération immédiate avait été prononcée.
L’annonce du verdict avait été retardée pour qu’elle puisse partir avant que les fondamentalistes ne la tuent, comme ils l’avaient déjà fait avec d’autres inculpés : un homme tué à bout portant dans le tribunal même à l’énoncé du verdict, un couple et leur fils jetés tous trois dans les flammes, brûlés vifs….
Y a-t-il eu des fuites ?
Les fondamentalistes ont bloqué les routes, pénétré dans les palais du pouvoir, agressé les passants, mettant le pays à feu et à sang trois jours durant.
Et l’armée, sollicitée par l’État, n’a pas bougé.
Alors le gouvernement a reculé et accepté la « révision du procès » par la Cour suprême.
Du jamais-vu.
Mais qu’avait donc fait Asia Bibi ?
Ouvrière agricole, elle ramassait des baies rouges, avait eu soif et avait puisé de l’eau avec son écuelle dans le puits.
« Cette sale chrétienne a souillé l’eau du puits », avait alors crié une femme.
Et la foule s’était instantanément déchaînée sur l’intruse et sa petite fille.
Asia aurait alors dit : « Mahomet lui-même ne voudrait pas cela. »
Un imam présent a illico porté plainte pour blasphème : elle avait osé prononcer le nom du prophète ! Or, l’article 295-C du Code pénal pakistanais dispose : « Quiconque par ses paroles ou ses écrits de façon formelle ou rapportée, par des insinuations directes ou indirectes, défié le nom sacré du prophète Mahomet sera puni par la mort… »