Jean-Pierre Mocky est un paradoxe. Il aura eu la particularité d’occuper une place impossible dans le cinéma français. Celle d’en être à la fois la marge et le centre, d’en être la nature même et sa critique radicale en même temps. Il aura en effet, après des débuts où il accompagne le renouvellement générationnel et formel de celui-ci, réalisé une œuvre qui semblait s’inscrire au cœur de ce qui faisait alors la cinématographie populaire nationale, soit un cinéma privilégiant la comédie loufoque avec ses vedettes immarcescibles, soit le récit policier romantique. En fait, il s’agit peut-être du seul cinéaste français qui soit tout à la fois totalement un cinéaste de genre, tout autant que l’auteur d’une œuvre unique, échappant à toute catégorie existante. Un film de Mocky ne ressemble finalement à rien sinon à un film de Mocky.
Son film le plus fou reste « Les ballets écarlates » avec un synopsis simple. Quelque part en province, on prépare une partie fine avec des enfants. Un réseau de notables, bien organisés et bien discrets. Un des enfants, Eric, parvient à fuir la soirée de débauche. Il se réfugie dans les bois chez une jeune garde forestière. La jeune femme garde un lourd secrêt. Son enfant a disparu depuis deux ans et malgré ses efforts aucune piste n’a menée jusqu’à lui. Apprivoisant Eric qu’elle finit par faire parler, elle remonte la filière, détruit le réseau de notables pédophiles avec l’aide d’un armurier, ami de son mari, enfermé dans un asile suite au choc de la disparition de son fils.
Avec « Les ballets écarlates », Jean-pierre Mocky s’attaque à l’un des sujets les plus douloureux de notre société : la pédophilie. Si le cinéaste a déjà traité ce thème (Noir Comme Le Souvenir et Le Témoin), il l’aborde ici de manière abrupte et violente. Entre militantisme forcené et dénonciation agressive, Les ballets écarlates s’impose comme le film le plus éprouvant jamais réalisé par Mocky.