Aucun dépôt de bilan spectaculaire n'avait troublé les vacanciers, aucun incendie n'avait défiguré les forêts hexagonales.
La rubrique nécrologie des journaux restait une page blanche et les habituelles polémiques de l'été lézardaient bien tranquillement sur leur transat.
Sa compagne Valérie Trierweiler s'était abstenue de
tweeter, et Ségolène Royal de lâcher les petites phrases dont elle a le secret.
tweeter, et Ségolène Royal de lâcher les petites phrases dont elle a le secret.
Traumatisé par ses vacances de 2012, le président de la République avait décidé cette année de ne pas en prendre et de faire comme Sarkozy.
Il ne se passait pas 48 heures sans qu'on l'annonce visitant une usine, explorant une banlieue, rassurant des compatriotes, spéculant sur une reprise économique de moins en moins improbable.
Pendant ce temps-là, la droite s'était octroyé de longues vacances, ne laissant qu'à quelques seconds couteaux le soin d'occuper parfois bruyamment et souvent maladroitement l'espace médiatique.
Passés les dix premiers jours d'août, l'exécutif pouvait commencer à envoyer des signaux de victoire. Cette année, tout avait fonctionné.
Les Français pouvaient légitimement penser qu'il y avait un pilote dans l'avion et que celui-ci tenait le manche.
Et divine surprise, le 14 août au matin, l'Insee dévoilait des chiffres de croissance inespérés. On se serait satisfait d'une progression de 0,2 % de la richesse nationale, or celle-ci "s'envole" de 0,5 %.
Vaut-il mieux une injustice qu'un désordre ?
Caramba, encore raté ! Le fougueux Manuel Valls, ministre de l'Intérieur et chouchou des sondages, ne l'entendait pas de cette oreille.
Un été sans orage ni tonnerre n'est pas un été "normal".
Alors il a pris sa plume et s'en est allé tancer sa collègue ministre de la Justice. La suppression des peines planchers, la mansuétude réclamée pour les "petits délits au code de la route", l'extension des peines de substitution et toutes ces mesures habituellement prisées par la gauche ne lui conviennent pas, et il tient à le faire savoir. Il en appelle à l'arbitrage de François Hollande.
Juste au moment où celui-ci avait décidé de se mettre au vert à la Lanterne !
S'enclenchent dès lors les deux refrains les plus pernicieux et les plus dangereux pour la gauche au pouvoir.
Charybde prend les traits de la cacophonie qui agite depuis 15 mois des ministres peu respectueux de l'autorité de Matignon et de l'Élysée. Scylla est un canon à plusieurs voix sur le thème : vaut-il mieux une injustice qu'un désordre, ou un désordre qu'une injustice ?
À cette question de cours de philo, les élèves Taubira et Valls rendent des copies diamétralement différentes et le font savoir en lisant à haute voix les meilleurs passages de leur démonstration.
Il reviendra donc au proviseur de l'établissement de les départager, puisqu'une fois encore le professeur principal Ayrault semble ne pas avoir voix au chapitre.
Inquiétant à l'approche des municipales
De ses bisbilles il reste toujours quelque chose. D'abord la conviction que le gouvernement n'est pas aligné sur une seule et même politique, un projet unique validé par tous.
Ensuite et surtout que l'insécurité et le sentiment de laxisme qu'inspire parfois la justice restent des thèmes vivaces et sur lesquels la gauche n'est ni à l'aise ni unanime alors qu'elle est la préoccupation n° 2 (après le chômage) des Français.
À sept mois des élections municipales et dans un temps politique où le Front national se rue sur toutes les occasions qui se présentent à lui, voilà une dissonance bien dangereuse.
À court terme, elle marque d'une pierre noire un été qui jusqu'ici se déroulait sans anicroche et aurait dû permettre à François Hollande de reprendre le terrain perdu dans les sondages.
À moyen terme, elle lézarde la solidarité gouvernementale qui avait été spectaculairement - mais artificiellement - replâtrée avec la mise à l'écart de Delphine Batho.
À long terme, cette cacophonie rend improbable un alignement des différentes composantes de la gauche sur un seul et même programme. Où l'on prend conscience que le plus petit dénominateur commun entre les différents courants du PS, le Front de gauche, Europe Écologie-Les Verts, le PRG, n'était que le rejet du sarkozysme...
http://www.lepoint.fr/politique/comment-manuel-valls-a-gache-le-bel-ete-de-francois-hollande-14-08-2013-1714000_20.php
http://www.lepoint.fr/politique/comment-manuel-valls-a-gache-le-bel-ete-de-francois-hollande-14-08-2013-1714000_20.php
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Ici, les commentaires sont libres.
Libres ne veut pas dire insultants, injurieux, diffamatoires.
À chacun de s’appliquer cette règle qui fera la richesse et l’intérêt de nos débats.
Les commentaires injurieux seront supprimés par le modérateur.
Merci d’avance.