Un an et demi après le meurtre de Thomas à Crépol, un procès-verbal relance la piste d'un mobile raciste.
Près d'un an et demi après le drame de Crépol (Drôme), où Thomas, lycéen de 16 ans, fut poignardé à mort lors d’une fête de village, une révélation secoue l’enquête.
Un procès-verbal (PV), rédigé cinq jours après les faits survenus dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, refait surface. Ce document, relégué dans l’ombre des notifications de garde à vue rarement consultées, rapporte des témoignages accablants : des insultes racistes auraient fusé durant l’altercation fatale. « On est là pour planter des Blancs », auraient déclaré certains agresseurs, selon des dépositions recueillies par une analyste criminologue, à la demande de la gendarmerie. Pourquoi ce PV sensible a-t-il été si discrètement classé ? Erreur administrative ou volonté délibérée d’étouffer une vérité explosive ? Alors que l’enquête piétine, avec plus de 350 auditions et 14 mises en examen, cette pièce oubliée relance le débat sur le mobile raciste du meurtre, jusqu’ici écarté par le parquet, faute de preuves suffisantes - malgré les témoignages.
Un document qui dérange
Ce PV, exhumé un an et demi après la tragédie, jette une lumière crue sur une affaire qui avait déjà ébranlé la France. Rédigé avec minutie, il consigne une dizaine d’auditions évoquant des propos haineux proférés lors de la « bagarre » qui a dégénéré en bain de sang. Ces témoignages, s’ils étaient confirmés, contrediraient la version d’une simple rixe de bal avancée par la défense des suspects. Pourtant, ce document n’a pas été versé au dossier principal. Il est « classé dans des notifications qu’on ne consulte jamais », affirme, auprès du Nouvel Obs, Jean-Michel Decugis, coauteur d’Une nuit en France (Grasset), qui consacre un chapitre à ce « PV mystère ». Était-ce une manœuvre pour éviter d’attiser une situation déjà tendue, marquée par des manifestations d’ultra-droite à Romans-sur-Isère ? Le parquet, prudent, maintient que les preuves manquent pour retenir un caractère raciste. Mais cette discrétion intrigue et alimente les soupçons d’une Justice hésitante face à une vérité dérangeante.
L’enquête, elle, reste engluée dans l’incertitude. Malgré des expertises ADN et des heures d’analyse vidéo, l’auteur du coup fatal demeure inconnu. Les suspects, originaires pour beaucoup du quartier sensible de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, rejettent toute préméditation. Pourtant, les mots rapportés dans le PV – insultes ciblées, volonté explicite de violence raciale – dessinent un tableau bien plus sombre.
« La Justice doit se montrer ferme »
Au lendemain du drame, la colère avait gagné les rues.

