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mardi 4 février 2025

Macron : la fin de règne Autopsie d’une lente agonie politique


 
Le président français Emmanuel Macron, le 2 juillet 2024. | photographie Aurélien Morissard/AFP
 

Isolé, détesté et privé de poids politique, le président de la république tente désespérément de peser à deux ans de sa fin de mandat. Off Investigation a enquêté sur les coulisses d’un palais présidentiel « où les courtisans restants se déchirent ».

Qui veut tuer politiquement Emmanuel Macron ? Pas besoin de chercher le colonel Moutarde, il est déjà à l’Elysée. « Le président est son propre assassin », a coutume de répéter un ancien conseiller du Palais. Mais le dernier coup de pelle en date sur la tombe du président de la République vient de son « petit frère », Gabriel Attal. « On ne réglera pas les problèmes de 2025, 2026, 2027 avec les idées de 2017 », martèle son ex-Premier ministre depuis la rentrée à l’Assemblée avant de lâcher en prime time sur France 2 : « Je ne me sens l’héritier de personne. » De quoi ulcérer son ancien patron. « Tu te rends compte, après tout ce que j’ai fait pour lui », se lamente le président en privé, oubliant qu’il a nommé « Gaby » à Matignon pour mieux l’éliminer avant 2027.

En difficulté depuis la dissolution, privé de moyens d’actions faute de majorité et cornaqué par François Bayrou qui s’est imposé à Matignon, le chef de l’Etat tente désespérément de prouver qu’il n’est pas encore « mort » politiquement. Son entourage a beau jurer que le « président préside et que le gouvernement gouverne », Emmanuel Macron est partout. Son dernier dada ? L’intelligence artificielle (IA), qu’il a prévu de célébrer lors d’un sommet consacré à l’intelligence artificielle les 10 et 11 février prochains à Paris. « Il va parler Europe, innovation, attractivité, start-up nation, il sera dans son élément », assure un bon connaisseur du dossier.

 

« Il s’est placé devant la Joconde car c’est encore la seule qui peut lui sourire. »

Jean-Bernard Gaillot-Renucci, ancien conseiller politique

Une intervention sur l’IA calibrée pour la presse et les médias internationaux. Comme sa réponse à l’appel au secours de la directrice du Louvre face à un chef d’œuvre en péril. Super-Macron a fait son retour médiatique, seul, face aux journalistes, devant la Joconde, le 28 janvier, annonçant une « nouvelle renaissance », clin d’œil un peu lourd à son parti. « Il s’est placé devant la Joconde car c’est encore la seule qui peut lui sourire », grince Jean-Bernard Gaillot-Renucci. Cet ancien conseiller politique, détenteur de nombreux secrets de la macronie, ne peut pas s’empêcher de noter « l’incroyable hasard » qui a fait qu’une « note confidentielle » sur l’état de délabrement avancé du plus célèbre musée du monde fuite dans Le Parisien« Le hasard fait bien les choses », ajoute ce macroniste repenti. De quoi permettre au président de la République de rebondir dans les sondages ? Voire.

La réouverture de Notre-Dame dans les temps, rare promesse tenue par Emmanuel Macron, n’a pas fait revenir les Français dans son giron. Malgré une cérémonie grandiose le 7 décembre 2024 et la présence de tout le gratin international, dont le président élu pas encore investi des Etats-Unis, Donald Trump. « Ses initiatives à l’international font un four », soupire un ancien conseiller, qui souligne les échecs « répétés » du locataire de l’Elysée sur l’Ukraine, la Palestine ou encore l’Afrique. « Il parle beaucoup trop, il s’éparpille et au final, plus personne n’y comprend rien. » La presse a du mal à suivre les toquades de ce président capable d’annoncer l’envoi de troupes en Ukraine, sans avoir prévenu le Quai d’Orsay ou même nos plus proches alliés.

Le recul spectaculaire de l’influence française sur le continent africain en est de loin l’exemple le plus frappant. Faute d’avoir apporté un regard neuf sur les rapports de la France avec le continent africain, son activisme « maladroit » a été perçu comme « une forme d’arrogance et de paternalisme »fustige un rapport du Sénat au vitriol publié le 31 janvier.

Et que dire du fiasco algérien ? Depuis la reconnaissance de la « marocanité » du Sahara occidental par Emmanuel Macron, la question des influenceurs algériens fait la Une de la presse, amplifié par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. « Autant de cartes postales envoyées au président de la République concernant la campagne de 2017 », souffle l’ancien conseiller Jean-Bernard Gaillot-Renucci. De quoi susciter l’inquiétude du locataire de l’Élysée, qui perdra son immunité présidentielle à la fin de son mandat.

Impopularité et menaces

Preuve de ce marasme politique, ses « stratèges » ont renoncé à tenter d’inverser sa courbe d’impopularité, les sondages se suivent et se ressemblent : Emmanuel Macron plafonne à 21% de taux de satisfaction, selon plusieurs sondages publiés ces dernières semaines. Seul François Hollande avait fait pire avec 13 % de satisfaits en septembre 2014. La « haine » suscitée par Emmanuel Macron fait craindre le pire à ses services de sécurité, selon nos informations. Ses déplacements sur le terrain se font parfois dans le plus grand secret, comme lors de son escapade à Hirson (Aisne), le jeudi 30 janvier. Officiellement, si l’Elysée n’a pas mis les journalistes au courant de cette visite, c’est pour pour « échanger avec les Français sans intermédiaires »suscitant la colère de l’association de la presse présidentielle.

En réalité, c’est bien l’impopularité record du chef de l’Etat qui met sur les dents ses services de sécurité, qui craignent qu’il ne soit pris à partie. « Il y a un niveau de menace élevé sur la personne du président », reconnaît un gradé, qui évoque les multiples agressions déjà subies par le locataire de l’Elysée par le passé. Une gifle, des exfiltrations d’urgence (lors de sa venue au Théâtre des Bouffes du nord, à Paris, début 2020 ; ou encore lors de son déplacement au Puy-en-Velay, en Haute-Loire, fin 2018), des insultes, les mots haineux sur les réseaux sociaux, le visant lui et sa femme. Ce qui était inenvisageable avec les anciens présidents de la République devient la norme à l’ère Macron.

Les soutiens du président ne se bousculent pas, y compris les rescapés de son propre camp, qui ont été péniblement réélus avec le soutien du barrage républicain lors des dernières législatives, après la dissolution. « Le président ? Je ne lui parle plus, je n’ai même plus de contacts avec ses conseillers », assure un député Renaissance pourtant classé parmi les « fidèles » du chef de l’Etat et qui faisait partie de ses « antennes » sur le terrain.