C'est le magazine de Jean-Jacques Servan-Schreiber qui a sorti cette information au sujet de sa propre rédaction.
C'est tout à l'honneur de la rédaction de L'Express.
Figurez-vous que l'ancien directeur du magazine, Philippe Grumbach, a travaillé pour le KGB de 1946 à 1981. Recruté sous le pseudonyme de « Brok », cet homme qui connaissait le Tout-Paris et professait des opinions de centre droit était en réalité un agent de Moscou. Et il ne se contentait pas de filer deux ou trois tuyaux.
Les états de service de Grumbach, remis au camp occidental, avec des centaines d'autres, à la faveur du passage à l'Est d'un détecteur soviétique nommé Vassili Mitrokhine, dans les années 80, étaient stockés dans une bibliothèque, à Cambridge. Étienne Girard, actuel directeur de la rédaction de L'Express, vient de publier, avec Anne Marion, une enquête à ce sujet. On y apprend notamment que le journaliste a aidé à la réhabilitation de Mitterrand après l'affaire de l'Observatoire (relisez le feuilleton de l'été 2022 « 1959, la nuit de l’Observatoire », de Marc Baudriller) ou encore qu'il a remis de faux documents (prétendument américains) à Chaban-Delmas, montrant leur collusion avec Giscard, pour empêcher l'union des droites. Très bien payé (l'équivalent de 250.000 euros entre 1976 et 1978), très apprécié (il faisait partie des agents les mieux payés par les Russes), mais aussi, sans doute, un petit peu attaché au régime soviétique, il a fini par rompre avec le KGB en 1981.
L'Express, certains s'en souviennent peut-être, avait déjà révélé, en 1996, que Charles Hernu (qui sera ministre de la Défense socialiste sous Mitterrand), avait été, lui aussi, un agent de l'Est dans les années 50.

