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mercredi 28 juin 2023

Perenco au Gabon : révélations sur les pollutions cachées du numéro 2 du pétrole en France


 

22 juin 2023

Photos et documents confidentiels à l’appui, Disclose et Investigate Europe révèlent l’existence de 17 pollutions au pétrole causées par le groupe Perenco au Gabon, entre 2019 et aujourd’hui.

 Plusieurs centaines de kilomètres carrés ont été souillés, dont des forêts primaires, des cours d’eau et des fonds marins.

« Je veux saluer les efforts qui ont été faits par le Gabon qui a su préserver sa forêt primaire. » Sa chemise blanche légèrement ouverte tranche avec le vert des arbres en arrière-plan. Ce 2 mars 2023, Emmanuel Macron se filme au milieu d’une forêt, à proximité de Libreville, la capitale du Gabon, en Afrique centrale. Le président français s’apprête à ouvrir le One Forest Summit, premier sommet mondial pour la protection des forêts tropicales, en compagnie de son homologue gabonais, Ali Bongo. « On a ici un trésor », s’enchante-t-il.

Au même moment, à moins de 200 kilomètres de là, sur les rivages du lac Anengué, du pétrole brut souille une forêt tropicale, s’infiltrant dans la mangrove, infestant l’eau et les sols de cette région humide où vivent pêcheurs et cultivateurs de bananiers. Cette pollution, dont l’existence n’avait encore jamais été rendue publique, est le fait du premier producteur d’or noir au Gabon : Perenco. Le groupe pétrolier franco-britannique, spécialisé dans le rachat de gisements en fin de vie, est accusé de multiples pollutions à travers le monde.

Au Gabon, pays dirigé d’une main de fer par la famille Bongo depuis 1967, Perenco Oil and Gas Gabon, la filiale locale du groupe, possède quelque 270 gisements d’hydrocarbures. Chaque jour, elle extrait 100 000 barils, soit 40 % de la production nationale.

La pollution causée par le numéro 2 français du pétrole, derrière TotalEnergies, est due, selon nos informations, à la vétusté des installations de Rembo-Kotto, l’un de ses sites d’extraction : une vanne aurait lâché le 16 février 2023. « Plusieurs dizaines de milliers de litres de pétrole se sont écoulés jusqu’à la rivière et le marigot où les habitants puisent leur eau. La végétation est devenue noire, tous les poissons ont disparu », témoigne un employé de la société qui a requis l’anonymat par peur des représailles. Il a filmé les dégâts fin février, avant de les transmettre à Disclose et Investigate Europe (IE).


 
Ce n’est pas la première fois que le site de Rembo-Kotto est à l’origine d’une importante pollution. Le 21 juin 2020, 20 barils d’hydrocarbures se sont déversés dans la rivière Missala, à proximité du lac Anengué, selon un rapport d’inspection de la direction générale de l’environnement et de la protection de la nature gabonais(DGEPN) obtenu par Disclose et IE. En cause, cette fois : un pipeline percé.


Dix-sept cas de pollutions

Ces deux épisodes de pollution survenus au cœur de la mangrove gabonaise sont loin d’être des événements isolés. D’après l’enquête de Disclose et IE, fondée sur des témoignages inédits, des documents confidentiels et les archives du défenseur de l’environnement Bernard-Christian Rekoula, le groupe Perenco est responsable d’au moins dix-sept pollutions dans le pays entre mars 2019 et mai 2023. À chaque fois, des mangroves, des zones forestières ou encore les fonds marins situés au large des côtes gabonaises ont été touchés.

 

Neuf des dix-sept cas que nous avons recensés ont été étudiés par la DGEPN, un service rattaché au ministère de l’environnement du Gabon. D’après ses conclusions, qui figurent dans un rapport daté de mai 2021 que nous nous sommes procurés, au moins 290 barils auraient ainsi été déversés dans la nature entre 2020 et le printemps 2021. 

mardi 8 novembre 2022

Perenco, la brute du pétrole


 
 
publié le 08 nov. 2022
par disclose.ngo
 
 Inconnu du grand public, le groupe Perenco, deuxième producteur français de pétrole après Total, est accusé d’atteintes à l’environnement, de violations des droits humains et de dissimulation de ses avoirs dans des paradis fiscaux.

Discret mais puissant, Perenco se présente comme le premier groupe pétrolier indépendant d’Europe. Cette multinationale, qui s’est développée dans l’ombre du géant Total, revendique l’exploitation de 3 000 gisements d’hydrocarbure dans quatorze pays et réalise un chiffre d’affaires estimé à 7 milliards d’euros. Une success-story qui profite avant tout à ses propriétaires : la famille Perrodo, 15e fortune française. Un clan milliardaire qui a donné son nom à l’entreprise (Perrodo Energy Company) et qui s’est enrichi loin des projecteurs.

N’étant pas cotée en Bourse, Perenco n’est pas tenue aux mêmes règles de transparence que ses principaux compétiteurs. Et avec moins de 10 000 salariés à travers le monde, la compagnie n’est pas non plus soumise à la loi sur le devoir de vigilance de 2017 qui impose aux entreprises françaises de lister les risques liés à leurs activités pour l’environnement et les populations.

Pourtant, son fonds de commerce mérite qu’on s’y attarde : le pétrolier est spécialisé dans le rachat de gisements en fin de vie dont les majors du secteur cherchent à se débarrasser. Et dans plusieurs pays où il s’est implanté, le groupe franco-britannique est désormais associé à des scandales environnementaux et humains. Il est même accusé d’avoir financé des groupes paramilitaires en Colombie et contribué à l’expulsion de communautés indigènes au Guatemala.

Hubert le « conquérant »

De ses bureaux parisiens jusqu’à ses forages dans la mangrove congolaise et au cœur de l’Amazonie péruvienne, Perenco cultive le secret des affaires. Dès les premières semaines de l’enquête de Disclose et Investigate Europe (IE), alors que la direction du groupe n’avait pas encore été contactée, l’un de nos journalistes a reçu un courriel surprenant : « Je suis le responsable des relations publiques de Perenco, et j’ai cru comprendre que vous vous intéressez à la société. » Par ces quelques lignes, l’entreprise nous avertit : elle a des yeux et des oreilles partout.

 

 
 
Exploitation de Perenco en République démocratique du Congo ©Alexis Huguet/AFP

L’histoire de Perenco débute dans un paradis fiscal : les Bahamas. C’est là, en 1967, qu’Hubert Perrodo, fils d’un marin pêcheur breton, est mis sur la piste de l’or noir par un magnat américain des hydrocarbures pour lequel il accomplit des petits boulots : « Si tu veux faire fortune, petit, il faut te lancer dans le pétrole ! » En 1971, Hubert le « conquérant » pose ses valises à Singapour où il se lance d’abord dans le service maritime pour des sociétés pétrolières et rencontre son épouse avec qui il aura trois enfants. Dans la décennie qui suit, il devient armateur et fonde son entreprise de forage. Puis, en 1992, Perenco voit le jour.