
La nouvelle est tombée cette semaine dans la
presse : il paraît que la France, et pas n'importe laquelle, celle
d'Emmanuel Macron, va livrer à l'Ukraine des « chars légers » - à roues, donc.
Renseignements pris, il s'agit du modèle AMX-10 RC (RC pour roues-canon), en service dans certains régiments de cavalerie blindée, des chars qui doivent apparemment être remplacés par un nouveau modèle, le Jaguar, dans les années à venir. Normalement, donc, pas de problème : on rend service, on donne de vieux équipements qui ne servaient plus. C'est, déférence gardée envers l'armée ukrainienne, une sorte de bourse aux équipements, une manière d'Emmaüs militaire. On pourrait considérer que c'est comme ça, que ce n'est pas si grave et que c'est même plutôt sympa, et s'arrêter là.
On pourrait, mais on ne devrait peut-être pas. La position officielle de la France, plutôt équilibrée et intelligente, convient que les conditions ne sont pas réunies pour que l'Ukraine rejoigne l'OTAN. C'est heureux, car l'adhésion de l'Ukraine obligerait immédiatement, de facto, les pays membres de l'Alliance atlantique à lui porter secours, en vertu de l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord. En revanche, dans un nouvel « en même temps » époustouflant de souplesse, le fait de fournir officiellement des blindés à un État souverain, qui se défend contre un autre État souverain, marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations franco-russes. La France, après avoir fourni des canons d'artillerie, livre désormais des chars qui, quoique « légers », renforcent sa position de « cobelligérant », telle que définie par la Russie. Elle prend sa place aux côtés des autres membres de l'OTAN qui lui reprochent, dit la presse, son faible investissement financier dans la cause ukrainienne.