Écrivain et journaliste espagnol
Pourquoi un tel changement ?
« L’imprévu dans l’Histoire : n’oubliez jamais que l’Histoire n’avance ni de façon droite ni prévisible. Elle nous surprend presque toujours ! », me disait Dominique Venner lorsque, peu avant son sacrifice, je lui faisais part d’un certain découragement qui m’avait pris.
Voilà « l’imprévu dans l’Histoire » pleinement à l’œuvre dans la grande crise catalane.
Car si celle-ci était parfaitement prévisible, l’imprévisible, le stupéfiant, c’est la façon dont les choses sont en train de se dérouler – en aboutissant, semble-t-il, à l’échec final de la rébellion.
Commençons par le dernier grand événement : la mise sous responsabilité directe de l’État espagnol, et pendant six mois, de l’ensemble de l’administration catalane – police, finances, écoles, télévision publique y compris –, mesure qui sera votée vendredi prochain au Sénat par l’ensemble des partis politiques, à la seule exception des indépendantistes régionaux et de leurs alliés de Podemos.
Qui aurait pu prévoir, il y a encore deux jours, que Rajoy, le Timoré, comme je l’ai appelé ici même, allait soudain faire preuve d’une telle fermeté ?
Lorsque 1.200 grandes entreprises (dont les banques) ont déjà pris la clé des champs catalans ; lorsque le tourisme s’effondre littéralement ; ou lorsque, au milieu d’une grande débâcle diplomatique, l’Union européenne proclame haut et fort qu’une Catalogne détachée de l’Espagne n’aurait jamais sa place au sein de l’Union ; en un mot, lorsqu’il est sûr et certain qu’une Catalogne indépendante se précipiterait dans le gouffre, qui aurait pu imaginer que, dans de telles circonstances, les chefs du soulèvement, têtus comme des mules, allaient continuer à se jeter dans l’abîme ?
Personne, bien sûr.
Personne n’aurait pu imaginer qu’ils refuseraient le Grand Fricotage que le gouvernement de Madrid leur a proposé, lors de négociations secrètes qui se sont tenues, à l’initiative surtout d’une faction du gouvernement.
Le marché, selon mes sources dignes de toute confiance, était celui-ci : renonciation à l’indépendance juridique, en contrepartie de quoi la Catalogne obtiendrait une presque indépendance de facto sous la forme d’une confédération « à la belge ».
