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vendredi 17 janvier 2020

« Si je suis aux Restos du coeur, c’est parce que j’ai été mutilé par la police »


 
 

      Par Mathieu Molard 
 
Mutilés par la police, ces Gilets jaunes ont perdu un oeil, une main ou des dents.
 
S’ajoute le traumatisme psychologique mais aussi souvent l’extrême précarité financière.
 
Ils racontent leur quotidien entre arrêt-maladie, chômage et restos du coeur.
 
Appart’ Hôtel de Montpellier (34) – La petite bande descend au compte-gouttes.
Comme souvent, les moins jeunes sont les plus ponctuels.
Assis sur les fauteuils du hall d’accueil, Alain et Yann sirotent un café-machine.
Le petit dej’ est à 11 euros, trop cher pour eux. Vanessa s’est offert ce petit luxe.
En douce, la blonde souriante multiplie les allers-retours entre la cantine et l’entrée pour ravitailler les copains.
Les madeleines ont la cote !
Puis elle exfiltre quelques cafés, avec la bienveillance du jeune homme à l’accueil.
 
https://www.streetpress.com/sites/default/files/mutiles2.jpeg
 
Yann (à gauche) et Alain (à droite) sont avec quelqu'un qui fait n'importe quoi. / Crédits : Mathieu Molard
 
Pour ce week-end qui rassemble les Gilets jaunes blessés, l’hôtel et les billets de train ont été financés par une cagnotte en ligne [disponible ici ].
Mais les 1.000 euros et quelques, récoltés par leur collectif des Mutilés pour l’exemple, ne permettent pas de prendre en charge tous les repas.
Alors ce week-end, certains se serrent la ceinture.
« En plus, la semaine prochaine, je vais manger des pâtes », lance Alain en rigolant.
Une manière pour l’ex-militaire de dédramatiser un quotidien pas bien rose depuis sa blessure à l’acte III des Gilets jaunes.
Le 1er décembre 2018, il s’était posté sous l’Arc de triomphe en train de régler son appareil photo quand un tir de LBD l’a percuté à la carotide.

Les restos du coeur, c’est le vendredi

Depuis c’est la dégringolade.
Il y a la douleur, la blessure qui s’infecte et surtout le traumatisme.
« Aucun des mutilés que j’ai évalué n’échappe au syndrome de stress post-traumatique », explique Ève Richard.
La psychologue montpelliéraine accompagne bénévolement ces Gilets jaunes mutilés.
Pour Alain, ce sont des troubles du sommeil, des angoisses et des accès de colère « dès qu’on atteint à [sa] dignité », comme il dit.
Un client qui le dépasse à la caisse du supermarché ou un automobiliste mal embouché peut lui faire « péter un plomb ».
Il n’est pas en état de reprendre son taf auprès des enfants autistes, juge la médecine du travail.
À REGARDER AUSSI NOTRE DOCUMENTAIRE : « Gilets jaunes, une répression d’État »
Les cinq ans qui le séparent de la retraite lui semblent interminables.
« Je n’ai plus que les indemnités » pour vivre, mais toujours les crédits à rembourser.
« Ça m’a foutu dans la mouise », soupire-t-il.
Un euphémisme. Le bonhomme aux lunettes rectangulaires se nourrit grâce aux Restos du coeur.
La distribution de colis alimentaires, c’est le vendredi aprem’ « à 15h pile ».
Et l’avant-veille, il était déjà dans le train.
Alors la semaine prochaine, ça sera régime :