mercredi 23 décembre 2015

Xavier Bertrand : chassez le naturel…

                                                    
 
Le 23/12/2015
M. Bertrand n’est pas un saint, mais un homme politique.
   
Le visage empreint d’une gravité qu’on ne lui avait jamais connue, la main encore tremblante, mais le regard surtout frappait, profond et comme illuminé de l’intérieur, celui d’un homme qui a franchi le seuil d’où l’on ne revient pas et se retrouve, étonné, parmi les vivants.
 Quand il prit la parole au milieu d’un silence religieux, ce fut pour s’exprimer avec une extrême onction.
 Méconnaissable, le Xavier, métamorphosé, le Bertrand.
Etait-ce sur la route d’Arras qu’il avait trouvé son chemin de Damas ?
 En tout cas, il revenait de loin.
Devancé de quinze points au premier tour, donné battu par les instituts de sondage, il venait d’être triomphalement porté, lui, l’homme de la droite populaire et forte, grâce à un report massif des voix de gauche, à la présidence du Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
 Un vrai miracle, dont il s’apprêtait à rendre grâce devant le peuple assemblé.
« J’ai tout appris, j’ai tout compris, je ne suis plus le même », déclara-t-il en substance.
« Rien ne sera plus comme avant. Ma vision de la politique a changé comme j’ai changé. Je forme le vœu de me consacrer désormais, corps et âme, à la si belle région dont vous m’avez confié les destinées. Je lui donnerai environ 150 % de mon temps, et davantage si vous me prêtez vie. »
 De fait, il annonça qu’il retirait sa candidature à la primaire de la droite, qu’il démissionnait de son siège de député de l’Aisne et qu’il quittait son fauteuil de maire de Saint-Quentin.
Avec l’ardeur du néophyte, le Savonarole de la Picardie jetait tous ces mandats sur le bûcher des vanités, comme il aurait renoncé à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.
C’était beau comme la conversion de Pauline au cinquième acte de Polyeucte : « Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée. »
Comment ne pas être impressionné ?
Toute la France le fut.
 Je le fus aussi, je l’avoue.
Le lendemain, la cote de popularité de Xavier Bertrand montait de neuf points.
 C’était il y a dix jours.

Dix jours ont passé.
C’est assez, même après une cuite mémorable, pour être dégrisé.
M. Bertrand a cuvé son élection, et c’est ainsi qu’ayant délibéré avec lui-même dans le secret de sa conscience, il annonçait hier qu’en définitive, et toute réflexion faite, il continuerait de siéger au conseil municipal de Saint-Quentin dont il restera l’homme fort puisqu’il a la chance d’être aussi le président de l’agglo qui englobe sa bonne ville et n’a donc fait que lâcher l’ombre pour la proie.
« On ne peut pas » a-t-il plaidé, « faire de la politique hors-sol. »
 Certes, M. Bertrand a maintenu sa décision d’abandonner son mandat législatif mais la loi sur les cumuls lui imposait de renoncer à l’une de ses casquettes et celle-ci, apparemment, lui tenait moins au cœur que les autres.
Après la conversion, la reconversion, c’est-à-dire l’apostasie.

Faisons rétrospectivement crédit à M. Bertrand, dans l’émotion du moment, d’un instant de sincérité, fugace.

 Le naturel, chassé, est revenu au galop.

 M. Bertrand n’est pas un saint, mais un homme politique.

Soit. Quand même, il nous a bien eus.

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