jeudi 31 janvier 2019

Levavasseur, Mourlaud, Nicolle, Drouet : les Gilets jaunes valent mieux que leurs leaders

 
 


 
La semaine dernière, l’une des leaders les plus médiatiques des Gilets jaunes, Ingrid Levavasseur, lançait sa liste pour les européennes, avec des ex-socialistes ou ex-En marche !


À peine initiée, l’affaire a fait pschitt, Hayk Shahinyan expliquant, sur Facebook, être « en proie aux doutes ».

Jacline Mouraud, dont la vidéo virale avait été l’un des déclencheurs du mouvement, a, quant à elle, créé son parti politique : « Les Émergents ».
Sa conférence de presse ne manque pas d’intérêt : pour elle, « la phase 1 des revendications est terminée » et il s’agit de passer à « la phase 2, de la construction » .
L’ambition est immense : « réinventer la politique » mais, dès l’expression lâchée, on retombe dans le déjà-entendu-mille-fois chez nos hommes politiques depuis quarante ans : les rénovateurs d’ici ou la jeune garde de là.
Une mauvaise langue de bois reprise par des novices sympathiques et maladroits, c’est… drôle !
Un psychologue d’autrefois observerait tout de même qu’il y a une façon genrée d’aborder la politique chez les gilets jaunes : les femmes sont dans le possible, le constructif, le dialogue.
Ou la compromission.
Mais les hommes, eux, s’inscrivent dans des démarches et une imagerie politiques plus viriles et révolutionnaires.
Samedi soir, après la blessure de Jérôme Rodrigues, Éric Drouet appelait au « soulèvement » dans un communiqué.
Depuis, il est revenu sur ce texte et en a donné une explication moins insurrectionnelle sur le plateau des « Grandes Gueules », « soulèvement » voulant dire « appel à la mobilisation » pour les prochaines manifestations.
Histoire que Christophe Castaner ne saute pas sur l’occasion pour le remettre en garde à vue.

Et puis, last but not least, Maxime Nicolle vient de publier une vidéo en forme d’« ultimatum » pour le gouvernement dans laquelle il lui demande d’accéder, « dans les deux semaines », à toutes les revendications pour « tous les membres de la population qui sont dans la m… », sinon il quittera la France, demandera l’asile politique et continuera le combat « jusqu’à ce qu'[il] en crève ».

Pas besoin de transcrire les réactions qu’il s’est attirées sur les réseaux sociaux sous forme d’invitations au départ.
Et souvent dans le même niveau de langue.
Tous ces leaders-là, chacun avec ses postures, ne sont pas très sérieux.
Ils sont, quelque part, aussi dépassés par le mouvement qui les a fait émerger que le pouvoir lui-même.
En un sens, ils justifient le mépris et les haussements d’épaules des Français favorables à Macron, et de beaucoup d’autres.
Ils mettent, aussi, mal à l’aise bien des gilets jaunes.
En fait, dans ces figures, on a le choix entre des mamans dépassées mais qui veulent bien faire et des post-ados éruptifs, excessifs et un peu immatures.
Cela manque de père.
Et, ce qui n’arrange rien, c’est que le pays a à sa tête un individu du même type.
Macron-Drouet : même excès et même erreur de casting.
Or, des pères et des grands-pères, il y en avait beaucoup sur les ronds-points.
D’où la discordance entre la base et ses représentants.
Jusqu’au sein des gilets jaunes eux-mêmes !
Et pourtant. Et pourtant, malgré l’inadéquation de ces représentants, malgré l’incompréhension du gouvernement et d’une partie des Français, le mouvement des gilets jaunes, précisément par son incapacité à exprimer l’ampleur du malaise, par ses non-dits, ses exaspérations, est un phénomène profond et durable car il vient de loin.
Il est l’éruption causée par un virus latent.
La fièvre et les boutons passeront.
Mais, tant que la maladie sera là, d’autres explosions seront prévisibles.
Un peu comme une crise existentielle.
L’adolescent ou le quadra en crise ne parviennent pas à exprimer ce qui ne va pas, ce qu’ils veulent, voudraient ou ne veulent pas. Ils le font avec excès.
Mais la crise n’en est pas moins profonde et réelle.
Les gilets jaunes souhaitaient l’instauration du référendum révocatoire.
Ils ont raison de commencer à l’appliquer à leurs premiers leaders.
Leurs déclarations, aussi délirantes ou excessives soient-elles, ne les discréditeront pas.
Le mouvement est toujours là.
La crise aussi.

Dominique Monthus

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