L’histoire
se déroule dans une petite ville du Sud.
Une bastide jadis flamboyante
fondée par Alphonse de Poitiers, une petite Venise traversée par
l’Aveyron, dont les ruelles aux façades ciselées ceignent comme un
étroit écrin la collégiale tendue vers le Ciel.
Aujourd’hui, on croirait
parfois une petite vieille en EHPAD, recroquevillée sur elle-même,
ruminant son passé, quand elle était pimpante et joliette, courtisée et
entourée – des portraits sur les murs témoignent, d’ailleurs, de sa
beauté passée.
Mais à présent, elle est désorientée, fatiguée,
découragée, parfois revêche.
Car elle a peur, peur et peur.
Peur de
mourir, au point qu’elle finit par mourir de peur.
Dans sa gare, les trains ne passent presque plus.
Peut-être un jour
seront-ils tout à fait supprimés. Il faut dire qu’il y a peu de
voyageurs.
Peut-être parce que ceux qui s’essaient à prendre un billet
se cassent souvent le nez : TER retardé ou annulé, correspondance ratée…
qui est la poule, qui est l’œuf ?
Chaque année, on compte les nouvelles vitrines vides, les commerçants
qui ont déclaré forfait, les artisans ayant pris leur retraite ou jeté
l’éponge.
Un grand panneau rouge « À vendre », « À louer » ou « À
céder » barre la porte en travers, comme les scellés de la scène du
crime, et l’on aperçoit par la vitre sale les reliques de feu la
dernière activité : des rayonnages, un escabeau, un poster publicitaire.
Parfois, dans une sorte de thanatopraxie urbaine, de grandes
photographies riantes – des paysans à béret y moissonnent gaiement sous
le ciel bleu, des villageoises en tenue traditionnelle dansent la
bourrée avec entrain – sont placardées sur les vitres.