« Au procès des attentats, la colère d’un père haineux. »
C’est le titre d’un portrait de Patrick Jardin (notre photo), père
inconsolable de Nathalie, 31 ans, assassinée au Bataclan, du quotidien
vespéral.
Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne se laisse pas
vraiment aller à l’empathie envers son sujet, qui pourtant aurait toutes
les raisons du monde de la mériter.
Devant le tollé suscité par cette
indécente titraille, Gilbert Collard mais aussi l’écrivain Jacques de
Saint-Victor l’ont dénoncée, le quotidien l’a retitrée en catastrophe,
c’est devenu « La colère sans limites d’un père ».
Pour la journaliste auteur de l’article, c’est la haine, expression d’un gauchisme revendiqué, qui est sans limites.
Patrick Jardin est en effet une mauvaise victime : il a perdu sa
fille criblée de balles lors d’un massacre de masse à matrice islamiste,
mais la journaliste retient plutôt qu’« à rebours de la plupart des
parties civiles, dont la douleur ne déborde pas dans le champ
politique, l’insondable tristesse de Patrick Jardin alimente un
militantisme d’extrême droite ancien et virulent ». À ce père
meurtri d’une douleur qui ne passera jamais – comment peut-on se
remettre de la mort d’un enfant – mais qui, au lieu d’assouvir une
vengeance personnelle, s’en est remis à la Justice, Le Monde décoche ses flèches empoisonnées l’une après l’autre : « Divers
mouvements réactionnaires avaient érigé le père de Nathalie en icône
anti-islam, un rôle qu’il assume sans problème […] Ses comptes sur les
réseaux sociaux, régulièrement signalés, sont très souvent bloqués. » Le plus grand tort de Patrick Jardin ? « Patrick Jardin vote FN, puis RN, depuis cinquante ans. » Une petite dose de reductio ad hitlerum, ça ne peut pas nuire à la démonstration, n’est-ce pas ?
Jusqu’à l’argument massue, l’assignation à résidence fasciste 2.0,
qui s’appelle aujourd’hui complotisme, particulièrement en vogue depuis
dix-huit mois : « Il a refait cent fois l’enquête, passe tout son temps sur Internet, se laisse gagner par le complotisme. »
Sans complexe et sans limites, l’article se conclut par un jugement
moral que l’on trouvera, et c’est un euphémisme, particulièrement
déplacé : « La “mauvaise victime”, érigée en martyre par la droite de la droite, est en roue libre, enfermée dans sa haine. »