Je
l’avoue : j’ai un peu peur de formuler cette interrogation.
Je pressens
les tombereaux d’insultes qui vont se déverser sur moi, notamment dans
ce cloaque qu’est souvent Twitter, et dont la moindre sera l’accusation
de penser et d’écrire comme le RN.
Ce reproche sera grotesque mais il
constituera, comme d’habitude, l’argumentation simpliste de ceux qui
n’en ont pas d’autres.
Mais qu’importe ! L’avantage décisif d’une vie intellectuelle libre
et dénuée d’ambition officielle est qu’elle a le droit de tout se
permettre et de ne pas récuser l’expression de la vérité au prétexte que
celle-ci sera jugée indécente, provocatrice, scandaleuse.
Laissons immédiatement de côté les débats périphériques qui n’ont
généralement pour objectif que de vous détourner du questionnement
central, de la problématique radicale.
L’ensauvagement et le doute lexical s’attachant à ce terme ne seront pas mon sujet.
Pas davantage que celui de l’existence débridée d’une délinquance et
d’une criminalité qui augmentent, notamment dans leurs manifestations
quotidiennes de plus en plus liées à une contestation de l’autorité,
quelle que soit sa forme.
Même les naïfs ou les humanistes en chambre
n’auront plus le culot ou l’inconscience de discuter le fléau de cette
réalité mais tout au plus celui de son ampleur.
Le cœur de mon billet va concerner cette interrogation dominante mais toujours éludée : qui ensauvage la France ?
Il me plaît de donner une interprétation élargie de cette dérive car
elle ne se rapporte pas qu’à la matérialité d’infractions portant
atteinte aux personnes et aux biens mais aussi à des comportements et à
des propos qui participent d’une dégradation honteuse et, le pire,
revendiquée de la politesse sociale et du respect humain.
Qui a traité Éric Zemmour de sous-humain avant de retirer son tweet sous l’effet d’une réprobation générale, mais de « pisser » sur lui et ses soutiens ?
Qui a vanté la pratique de la polygamie et insulté la police en
prétendant qu’elle massacrait des gens à cause de la couleur de leur
peau ?
Qui a agressé et tué Philippe Monguillot, à Bayonne, parce que,
conducteur d’autobus exemplaire, il avait voulu faire respecter l’ordre
et la loi ?
Qui, sans permis, sous l’empire de la drogue, récidiviste, a été responsable de la mort de la gendarme Mélanie Lemée ?
Qui, à Seynod, a
insulté et agressé des chasseurs alpins faisant tranquillement leur footing ?
Qui multiplie les refus d’obtempérer, se soustrait aux
interpellations de la police avec des conséquences souvent dramatiques
que leur mauvaise foi et le soutien médiatique imputeront
systématiquement aux forces de l’ordre ?
Qui, dans les cités et les quartiers sensibles, se livre au trafic de
stupéfiants, terrorise les résidents honnêtes, empêche les
interventions de la police ou n’hésite pas à exercer des violences de
toutes sortes contre elle ?
Qui tend des guets-apens aux pompiers et à la police ?
Qui s’en est pris à des citoyens rappelant l’obligation du
masque
dans une laverie ou ailleurs ? Qui est revenu, après s’être vu
interdire l’accès à un bus à cause de ce manque, pour frapper le
conducteur ?
Qui a mis en branle une effrayante bataille de rue, à Fleury-Mérogis,
où deux bandes armées se sont opposées pour une « embrouille » de
drogue ?
Qui sème la panique dans les centres de loisirs, comme à Étampes, récemment ?
Qui commet des cambriolages où on défèque sur le visage d’une victime de 85 ans, comme au Croisic ?
Qui, en bande, se comporte dans l’espace public comme en terrain
conquis, sans souci d’autrui mais avec l’arrogante certitude de
l’impunité ?
Qui vient, jour après jour, remplir la déplorable chronique des transgressions, des plus minimes aux plus graves ?
Qui, pour tout et n’importe quoi, s’en prend aux maires au point que
l’un d’eux, délégué, frappé, doit se satisfaire d’un rappel à la loi
pour son agresseur campeur violent, l’anonymat systématique concédé aux
transgresseurs laissant présumer leur origine ?
Qui sont ces jeunes Français
interdits de revenir à la piscine d’une commune suisse proche de la frontière française parce qu’ils perturbaient la tranquillité du lieu ?