Georges Michel 14 mai 2022
Et
maintenant, la Finlande. La Finlande qui a émis le vœu d’adhérer à
l’OTAN.
Emmanuel Macron a aussitôt réagi, on va dire, avec
enthousiasme : « Le président de la République a indiqué que la France soutenait pleinement le choix souverain d’adhérer rapidement à l’OTAN », annonçait, jeudi 12 mai, un communiqué de l’Élysée.
Au passage, ça lui va bien de parler de « choix souverain »
au moment même où il applaudit des deux mains à l’idée de renoncer à la
règle de l’unanimité au sein de l’Union européenne, ce qui aura pour
conséquence d’affaiblir ce qu’il reste à la France de sa souveraineté.
Et maintenant, donc, la Finlande qui se dit prête à renoncer à sa
neutralité pour adhérer à cette machine colossale qu’est l’OTAN afin de
renforcer sa sécurité. Mais aussi une adhésion qui « renforcerait l’alliance dans son ensemble ».
C’est ce qu’ont affirmé le président et le Premier ministre finlandais.
Certes, la Finlande est un petit pays (5,5 millions d’habitants), mais
c’est 1.300 kilomètres de frontière commune avec la Russie. À titre
indicatif, Helsinki, capitale de cet État indépendant depuis 1917, est à
moins de 400 kilomètres de Saint-Pétersbourg. Certes, la Finlande est
déjà membre de l’Union européenne depuis 1995. Mais, semble-t-il,
l’Union européenne n’est pas une alliance guerrière. Certes, l’OTAN est
une alliance défensive et, donc, elle ne menace pas d’invasion la
Russie. C’est pourquoi, d’ailleurs, elle est intervenue en Afghanistan
et en Libye… Certes, les Russes sont les méchants et les Ukrainiens sont
les gentils. Certes…
Mais prenons un risque, celui de passer pour un agent de la Russie -
car aujourd’hui, dans l’atmosphère d’hystérie de pré-guerre, émettre un
bémol quant à la belle harmonie pro-Ukraine, c’est frôler la cour
martiale -, prenons un risque donc, celui de se mettre à la place de la
Russie, et ce, sans pour autant excuser son agression de l’Ukraine.
Depuis la chute de l’Union soviétique et du communisme, les frontières
de l’OTAN ne cessent de se rapprocher de la Russie. La disparition du
pacte de Varsovie n’a pas été suivie de celle de l’OTAN. Au contraire.
L’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la Tchéquie, la
Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie - anciens satellites de
l’URSS - ont même intégré l’OTAN. Aujourd’hui, seuls les trois États
baltes et la Pologne sont frontaliers de la Russie, la Biélorussie et
l’Ukraine faisant « écran », en quelque sorte, entre l’empire otanien et
l’empire moscovite. L’entrée de la Finlande dans l’OTAN ne serait donc
pas anodine. Et se satisfaire, comme le fait Macron, d’un « choix souverain » de la Finlande ne peut qu’inquiéter.