voyez ce pays où j’apprends que des urgences de nuit sont désormais fermées, avec des soignants démissionnaires car déconsidérés ou en arrêt maladie. Voyez ce pays où, pour prendre rendez-vous chez un cardiologue, un ophtalmologiste, un rhumatologue, un dermatologue, parfois même un dentiste et n’importe quel spécialiste, il faut désormais compter entre 6 mois et un an de délai. Voyez ce pays où des pans entiers du territoire ne trouvent plus de généraliste à moins d’une heure de leur domicile. Voyez ce pays où nous manquons de pièces détachées, de matières premières et peut-être même bientôt d’électricité ? Voyez ce pays où nous dépendons désormais de produits et de productions importées. Voyez ce pays où vous souhaitiez que le télétravail devienne la norme alors que, dans bon nombre de communes, nous n’avons même pas une barre pour téléphoner et aucun réseau internet pour nous connecter.
Voyez ce pays où le pouvoir d’achat diminue de jour en jour derrière le déni de ceux qui, dans vos ministères, préfèrent évoquer une période transitoire, un problème éphémère. Voyez ce pays qui sombre dans la violence là où la pauvreté sert un peu plus chaque jour le bénéfice des actionnaires et les dividendes de plus en plus conséquents de quelques multimilliardaires expatriés. Voyez ce pays qui n’ose plus s’indigner car il n’existe plus de contrepouvoir politique digne de ce nom pour le soutenir et l’écouter. Voyez ce pays déboussolé car habilement divisé par l’hégémonie d’un seul homme et de ses affidés.
Voyez ce pays où les médias sont aux mains de neuf capitalistes, où l’information est choisie, orientée, calibrée. Voyez ce pays qui ne supporte plus les avantages et les passe-droits octroyés aux politiciens qui, comme vos prédécesseurs, au bout de deux ans de mandat peuvent compter sur une voiture de fonction à vie et sur le chauffeur qui leur est fourni. Voyez ce pays où les députés confondent un peu plus chaque jour l’intérêt de la Nation avec les intérêts de la fonction. Voyez ce pays où des ministres sont choisis pour gouverner le peuple, alors que leurs conjoints dirigent des entreprises du Cac 40. Voyez ce pays où plus rien ne se décide hors de Paris et de ses cabinets de conseils, dans l’entre-soi lutécien de quelques privilégiés totalement déconnectés des réalités.










