Chers amis,

J’ai reçu un grand nombre de messages privés émanant de gendarmes me remerciant des quelques mots que j’avais écrit en la mémoire de notre petite sœur d’arme tragiquement disparue et je vous remercie à mon tour pour les nombreux messages de condoléances et de sollicitude adressés à sa famille.

Je me dois également de vous dire que j’ai également reçu des messages d’officiers très « supérieurs » niant la responsabilité de la gendarmerie nationale dans le suicide de cette jeune femme. Leurs arguments faisant référence à de probables problèmes de santé ou sentimentaux sont toujours les mêmes et ils m’indignent au plus haut point, me faisant les mépriser encore davantage s’il était possible.

J’affirme et je maintiens que nombre des drames dont il est question est imputable à un encadrement qui n’est pas à la hauteur de ses responsabilités. La gendarmerie nationale est effectivement malade de ces officiers qui ne font aucun cas de l’humain, qui n’ont pour beaucoup d’entre eux que de l’indifférence à l’égard de ceux qui leur sont subordonnés. Ils ignorent tout de ce qui constitue l’essence même du commandement. Ils ignorent tout du sens de l’humain, de l’exemplarité et du courage qui font les vrais chefs. Ceux-là sont incapables de soutenir et d’encourager. Ils ignorent ce que signifie tirer vers le haut, rayonner par l’exemple, encourager d’un regard, d’un sourire bienveillant ou d’un simple mot.

Le rapport de la Cour des Comptes publié en avril et relatif aux démissions prévalant au sein de la gendarmerie nationale est accablant. En 2021, il s’est agi de 15078 départs dont le mien. Les chiffres seront sans doute pire encore pour 2022 lorsqu’ils seront rendus publics. Les causes sont multiples et je les ai déjà explicitées : laxisme de la justice et certitude de travailler pour rien, concurrence des polices municipales, traitements financiers insuffisants au regard de la difficulté et de la dangerosité du métier, impopularité croissante au regard d’exactions imputables à quelques-uns mais subies par tous. Impopularité encore au regard des accusations de soumission à un pouvoir politique jugé toujours plus illégitime, en rupture avec le devoir premier de protection de la population.