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Maman,
Je t’écris de la Marne où j’ai le cœur bien lourd,
Ici la guerre s’acharne et il me manque ton amour.
Compagnons d’armes, tour à tour je les vois tomber,
Le visage sans larmes, je ne peux que prier.
Hier, il a fait un orage épouvantable et tombé des tonnes d’eau,
Nous étions tous froids et mouillés, sans abri pour nous protéger.
Aujourd’hui, il fait presque beau, et nous avons de la paille en suffisance.
Je crois bien que nous allons rester malgré toutes nos réticences.
Dans ta dernière lettre, tu me dis que Victor t’a donné,
Trois boisseaux de trèfle, que ça fait trois jours que les vaches n’ont pas été au pré!
Que la pauvre Roseline est morte, qu’il pleut toujours à torrent,
Qu’il fait froid dans la région et qu’il est long et fort vilain ce temps.
Moi, Je garde la forme et je suis toujours en bonne santé.
Je le suis bien et les hommes continuent à creuser des tranchées.
Nous avons eu du renfort, les zouaves et les noirs sont arrivés.
Artilleurs, chasseurs à cheval, hussards et génie à pieds, on est tous mélangés.
Maman, tu rayonnes sur mon âme, tu illumines mon cœur comme un soleil,
Mais il fume encore sur les champs de bataille tous les obus de la veille.
Tu sais Maman, je n’ai plus vraiment le choix, il faut que je te dise:
Tu dois connaître la sinistre vérité, je ne veux plus te mentir, alors reste assise.
La paix n’existe plus sur notre pauvre terre dépravée de néant.