Julien Tellier 12 janvier 2024
Ces
jours-ci, les cultureux ont la mine boudeuse. En cause, la nomination
de Rachida Dati au poste de ministre de la Culture.
Pourtant, le nouveau
ministre a de quoi plaire à cette gauche new age. Rima
Abdul-Malak est une femme, Rachida Dati aussi. Rima Abdul-Malak est
racisée, Rachida Dati aussi. Et un point bonus pour Rachida dont le père
n’était qu’un humble maçon, tandis que les parents de Rima étaient tous
deux professeurs à l’université de Beyrouth. Mais, grand malheur ! Dati
est issue de la droite sarkozyste – presque l’extrême droite pour nos
cultivés comme il faut. Aucun crédit ne lui est donc accordé. Le petit
milieu artistique parisien suffoque à l’idée d’interagir avec un
ministre qui promet de l’action et déclare que « la culture est un combat ». Dati promet de se « battre » pour « l’exception culturelle française ».
Derrière Dati, l’ombre de Vincent Bolloré ?
Il n'en faut pas davantage pour que les syndicats d’artistes fassent de l'urticaire. Interrogé par nos confrères du Monde,
Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises
artistiques et culturelles (Syndeac, première organisation d’employeurs
des scènes publiques), peste. Pour lui, la présence de Dati au
gouvernement est une « malheureuse confirmation, celle de l’absence de considération du président de la République pour ce ministère ». Et d’ajouter : «
On assiste à une stabilité à Bercy et au ministère de l’Intérieur, mais
la Culture et l’Éducation nationale deviennent des ministères
d’ajustement politique. La déconsidération pour ces grands services
publics montre à quel point l’idéologie libérale domine. »
Dans un communiqué, le syndicat voit dans cette nomination une insupportable provocation. « L’arrivée de madame Dati au ministère de la Culture constitue une provocation incontestable, lit-on sur le site du syndicat. Le
libéralisme dont elle se prévaut et ses postures idéologiques laissent
présager de bien mauvaises nouvelles pour les années à venir. Le Syndeac
ressent cet énième remaniement comme une forme de mépris d’autant plus
fort que la personnalité de la nouvelle nommée n’a jamais manifesté,
dans sa carrière politique, la moindre expression d’intérêt à l’égard de
la Culture. »
De son côté, Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT, se dit «
inquiet, car on connaît les liens entre Rachida Dati et Nicolas
Sarkozy, mais aussi ceux de Nicolas Sarkozy avec Vincent Bolloré ». Une déclaration qui ne manque pas de sel, quand on sait que l’intéressé est également journaliste pour Prisma, entité du groupe Vivendi, propriété du groupe Bolloré. Enfer et damnation, une sarkozyste à la tête de la Culture !