C'est
un nom mythique de notre Histoire récente.
On peut dire ce que l'on
veut des guerres coloniales, et on en dit souvent n'importe quoi, mais
on ne peut pas, on ne doit pas oublier cette bataille de désespoir et
d'héroïsme absolu.
La cuvette de Ðiện Biên Phủ, sur le territoire de
l'actuel Vietnam, a vu mourir près de quatre mille soldats français.
C'est l'une des dernières pages de grandeur et d'un sacrifice, presque
médiéval dans sa pureté, que notre pays ait connues. Les plus jeunes se
renseigneront sur les minutes terribles où les Français attendaient «
dans la cuvette/Le tout dernier assaut des Viets ». Ils ne pourront lire
sans trembler les récits de la guerre d'Indochine : les paras
vietnamiens qui, faute de chant régimentaire, chargeaient sous les
balles en chantant « la Marseillaise » ; les officiers qui se savaient
condamnés et refusaient les ordres de repli ; les avions qui larguaient,
sur cette cuvette infernale, déjà perdue, des gens qui n'avaient jamais
sauté en parachute de leur vie, qui savaient qu'ils ne reviendraient
probablement pas et qui voulaient juste mourir avec les copains plutôt
que de les abandonner.
Ðiện Biên Phủ, c'était tout cela. Ce sera ensuite, après
les morts et les blessés, les prisonniers des tristement célèbres camps,
dont près des deux tiers ne reviendront pas. Ce sera, pour ces hommes,
le lavage de cerveau par des tortionnaires sadiques, comme l'immonde
Georges Boudarel, qui mourra dans son lit, protégé par le monde
universitaire. Ce sera aussi la découverte du sabotage des munitions par
les ouvriers communistes, les campagnes de presse, et puis l'Algérie,
pour certains immédiatement après leur libération des camps.


