par Charles Sannat | 27 Sep 2023 |
« En Allemagne, la désindustrialisation est en marche » titre
Courrier International qui nous traduit ici un article du magazine
politique Berlinois CICERO.
Et que nous dit-il ?
Que pour la grosse industrie Allemande rien ne va plus et c’était prévisible.
« La sacro-sainte industrie allemande met les voiles, alerte le
journal conservateur “Cicero”. Entre crise énergétique et concurrence
internationale, le gouvernement – et surtout les Verts – semble
incapable de rassurer les entreprises. »
Entrepreneurs et cadres dirigeants sont par nature opportunistes. Si
le vent tourne, ils changent de cap. À court terme, cela peut paraître
sensé car il n’est pas bon pour les affaires de résister trop longtemps à
des changements qui semblent inéluctables. À long terme néanmoins, la
remarquable souplesse des élites économiques allemandes pourrait nuire à
tout le pays. Nous en voyons déjà les conséquences.
Car ce pays, qui a bâti sa force, sa valeur et sa place dans le monde
sur sa légendaire capacité à reconstruire son industrie après deux
guerres mondiales perdues, est sur le point d’anéantir les piliers de sa
réussite.
L’avalanche de problèmes qui s’abat aujourd’hui sur l’industrie
allemande est l’héritage d’Angela Merkel. L’ancienne chancelière
conservatrice n’a fait que rebondir de crise en crise, sans vision
globale et sans cap pour le pays.
Parce qu’elle a préféré caresser ses électeurs dans le sens du poil,
elle a renoncé à des réformes pourtant nécessaires. Résultat : des
infrastructures en piteux état, une bureaucratie envahissante, une
numérisation au ralenti et un système d’assurance sociale et de retraite
de plus en plus étouffant pour les jeunes et les générations à venir.
Aujourd’hui, la guerre en Ukraine souligne aussi l’erreur fondamentale
qu’a été le tournant de la politique énergétique allemande après la
catastrophe de Fukushima [à savoir la sortie du nucléaire et
l’importance croissante du gaz russe pour faire tourner l’économie].
Cela n’était qu’un prélude, avant que le gouvernement actuel [composé
des sociaux-démocrates, des Verts et des libéraux] n’entre en action.
Car c’est l’ensemble des partis de la coalition gouvernementale – chacun
pour des raisons diverses et de différentes manières – qui est
responsable du mouvement de désindustrialisation qu’on observe déjà dans
plusieurs secteurs.
La coalition du chancelier social-démocrate Olaf Scholz est arrivée
au pouvoir sur la promesse ronflante de réinventer l’“économie sociale
de marché” du conservateur Ludwig Erhard [considéré comme l’artisan du
“miracle économique” allemand après la Seconde Guerre mondiale]. Mais
elle a surtout réussi à accélérer cette vaste opération de démolition.