Publié le 26 juillet 2015 - par Sébastien Jallamion
Elle s’appelait Patricia CORDIER. Son fils, David, Gardien de la Paix, avait mis fin à ses jours avec son arme de service en 2008.
Depuis lors, elle menait un combat afin de faire prendre conscience à l’administration de la nécessité de prévenir ce genre de drame (40 suicides en moyenne par an, 55 en 2014).
Avec quelques uns, nous l’avons aidée à se faire connaître, et sa détermination lui a valu d’être reçue par un conseiller du Ministre de l’Intérieur le 17 novembre 2014.
Elle nous a quittés le 6 janvier 2015, à 54 ans, des suites d’une longue maladie, quelques jours avant l’annonce par le Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’un plan « anti-suicide » dans la Police Nationale.
Celui-ci consiste notamment à recruter 7 psychologues en plus des 60 existants, à la généralisation des casiers nominatifs de dépôt des armes, et à une concertation sur l’opportunité de modifier les cycles de travail, l’évaluation de ces mesures devant être effectuée tous les quatre mois avec les représentants du personnel.
En prenant connaissance de ces mesures, il était impossible de ne pas penser au combat de Patricia CORDIER, et nous étions nombreux à considérer qu’elle avait remporté une victoire, fusse-t-elle posthume, presque 6 ans après l’avoir commencée…
Dans les faits, force est de constater que malgré la mise en place de ces mesures, et alors que les Chefs de service ont été invités à « mieux gérer les tensions qui peuvent exister dans un service et générer un mal être chez les fonctionnaires », d’autres drames se sont produits, d’autres vies se sont éteintes brutalement, laissant proches, familles et amis dans la douleur.
Cette douleur, celles et ceux qui la connaissent savent que rien ne peut l’effacer, qu’elle passe parfois par la culpabilité, le sentiment que l’on aurait pu éviter ce geste, si l’on avait su, si l’on avait compris.
Cette douleur passe aussi souvent par la colère, le sentiment d’injustice, et au final par celui de l’impuissance, inexorablement.
C’est le prix à payer pour entamer ce long processus qui mène à l’acceptation, lorsqu’elle est possible : c’est à dire le deuil.