Voilà, l’été se termine. Je veux dire par là, celui des touristes,
de Bison futé, des grandes transhumances qui dessinent des samedis
noirs et des chassés croisés, qui siphonnent les polypiers urbains pour
peupler ceux qui longent l’océan ou la Méditerranée.
La sécheresse, les
incendies, l’Ukraine, la Covid, la rentrée, l’inflation, Brégançon …,
très peu Brégançon. Et on remélange, la Covid, l’Ukraine, la sécheresse,
les inondations, la rentrée …, toujours rien, ou presque, sur
Brégançon.
Et puis il y a ce chemin quelque part sur l’Aubrac où, en fermant les
yeux, on croit entendre craquer des biscottes sous nos pas. L’herbe est
rôtie comme en 1976 disent les anciens. D’ici quelques semaines la
neige aura tout recouvert, les bêtes seront redescendues parfois
d’elles-mêmes dans l’alcali des étables perçant de leurs cornes en forme
de lyre le brouillard sur les hauteurs de Brameloup ou de Bonnecombe.
Oui, il y a ce chemin où je marche ce matin là en poussant du pied
quelques cailloux, en cherchant toujours et encore ce sommet qui nous
conduit inévitablement vers d’inavouables certitudes. Avec, comme
souvent, pour nous accompagner, une bordée de souvenirs et
d’insaisissables questionnements.
1992-2022, presque trente ans jour pour jour. La prise de la
préfecture, la prison quelques mois plus tard, des centaines de
manifestations, d’actions plus rocambolesques les unes que les autres …,
et puis plus rien, si ce n’est ce que l’on raconte le soir venu à 400
kilomètres de là dans un petit bistrot aveyronnais où il faut évoquer
cette période avec précaution.
Une préfecture prise d’assaut, des
dizaines de camions vidés, parfois brulés à la frontière, presque 50
manifs en un seul été, des ministères visités, des procès interminables,
des ordinateurs qui passent par la fenêtre rue de la Boétie, un congrès
perturbé du côté de Versailles, Puech réveillé à Rignac, Glavany
prévenu à Maubourguet, deux agricultures, évidemment deux agricultures
…, celle de ceux qui perçoivent la PAC et celle, réduite à sa portion
congrue, de ceux qui n’ont jamais pu en bénéficier.