
Jany Leroy 29 décembre 2023
«
À votre bon cœur, m'sieurs dames ! » L'appel à générosité n'émane pas
d'un quelconque sans-abri assis dans un couloir du métro.
Il ne provient
pas, non plus, d'une association d'aide aux plus démunis... Mais qui
peut, en cette période de Noël, lancer ce cri déchirant à l'attention
des bonnes âmes ? Les regards se tournent vers l'hôpital
Georges-Pompidou - hôpital public - d'où semble venir cette supplique. «
Quelques sous pour un scanner dernière génération, à votre bon cœur,
cliquez sur notre cagnotte... »
L'appareil en question est un scanner à comptage photonique qui représenterait, selon les spécialistes du lieu, « une avancée scientifique majeure » permettant « une meilleure précision du diagnostic » et « un meilleur suivi des cancers ».
Pour finaliser l'acquisition de cet outil de pointe d'une valeur de
deux millions d'euros, l'argent manque. D'où la cagnotte mise en place
avec multiples options de montants. De 30 euros à 5.000... Le donateur
habitué à offrir un ticket restaurant cherchera en vain la case prévue à
cet effet. Elle n'existe pas encore. Des vêtements chauds non plus. Pas
la moindre rubrique permettant de donner un vieux canapé. L'Emmaüs de
la santé n'en est encore qu'à ses balbutiements.
À son entrée dans le service concerné, le malade pensera, entre
autres largesses élyséennes, au milliard envoyé à l'Afrique du Sud pour
l'aider à sortir du charbon. Mourir du cancer sur une planète enfin
sauvée du réchauffement est un luxe que seul le Français peut se
permettre. L'appel au don de sa personne sera le prochain effort demandé
au contribuable. Opéré sans anesthésie, le patient comprendra qu'il
œuvre pour l'Afrique et l'Ukraine réunies.