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jueves, 9 de noviembre de 2023

Lettre à un enfant de Gaza


 

Chris Hedges est un reporter de guerre qui a couvert tous les conflits depuis près de 40 ans. Il a publié cette « lettre à un enfant de Gaza » que j’ai traduite. J’ai déjà dit que le spectacle de ce qu’Israël fait subir aux enfants de Gaza déchirait l’âme. Il le dit lui aussi à sa façon.

 

  

Les enfants de Gaza.

M. Rich

Cher enfant,

 Il est minuit passé. Je vole à plusieurs centaines de kilomètres à l’heure dans l’obscurité, à des milliers de pieds au-dessus de l’océan Atlantique. Je me rends en Égypte. J’irai à la frontière de Gaza, j’irai à Rafah. J’y vais à cause de toi.

Tu n’as jamais pris l’avion. Tu n’as jamais quitté Gaza. Tu ne connais que les rues et les ruelles grouillantes de monde. Les taudis en béton. Tu ne connais que les barrières de sécurité et les clôtures gardées par les soldats qui entourent Gaza. Les avions, pour toi, sont terrifiants. Avions de chasse. Hélicoptères d’attaque. Drones. Ils tournent au-dessus de ta tête. Ils larguent des missiles et des bombes. Explosions assourdissantes. Le sol tremble. Les bâtiments s’effondrent. Les morts. Les cris. Les appels à l’aide étouffés viennent de sous les décombres. Cela ne s’arrête jamais. Nuit et jour. Ceux qui sont pris au piège sous les tas de béton brisé, ce sont tes compagnons de, tes camarades de classe. Tes voisins. Disparus en quelques secondes. Tu vois les visages crayeux et les corps flasques lorsqu’ils sont déterrés. Je suis journaliste. C’est mon travail de voir cela. Tués un enfant. Tu ne devrais jamais voir ça.

La puanteur de la mort. Des cadavres en décomposition sous du béton brisé. Tu retiens ton souffle. Tu couvres ta bouche avec un tissu. Tu marches plus vite. Ton quartier est devenu un cimetière. Tout ce qui était familier a disparu. Tu le regardes avec stupéfaction. Tu te demandes où tu es.

Tu as peur. Explosion après explosion. Tu pleures. Tu t’accroches à ta mère ou à ton père. Tu te bouches les oreilles. Tu vois la lumière blanche du missile et attends l’explosion. Pourquoi tuent-ils les enfants ? Qu’as-tu fait ? Pourquoi personne ne peut vous protéger ? Seras-tu blessé ? Vas-tu perdre une jambe ou un bras ? Deviendras tu aveugle ou en fauteuil roulant ? Pourquoi es-tu né ?  Était-ce pour quelque chose de bien ? Ou était-ce pour cela ? Vas-tu grandir ? Seras-tu heureux ? Que se passera-t-il sans compter amis ? Qui va mourir ensuite ? Ta mère ? Ton père ? Tes frères et sœurs ?  Quelqu’un que tu connais sera blessé. Bientôt. Quelqu’un que tu connais va mourir. Bientôt.

miércoles, 25 de enero de 2023

Lettre à Michel Sardou, victime du wokisme ! [par Jean-Paul Pelras]

 



Monsieur, 

m’étant déjà adressé à la misandrine de faction à plusieurs reprises pour lui signifier la somme de mes désaccords, j’ai donc décidé d’écrire directement à l’interprète de “La maladie d’amour” et des “Lacs du Connemara”.
 
Je me demandais d’ailleurs, considérant l’incurie politique du moment, à quel moment vous alliez revenir dans le débat.
Vous avez donc déclaré, récemment, à propos de l’époux “déconstruit” de la député-enseignante-chercheuse en sciences économiques : “Je me demande ce qu’il lui manque au mari de Sandrine Rousseau. Le pauvre, franchement. Il ne faudrait pas faire une marche pour aider ce pauvre mec ? Mon pauvre garçon, sur quoi tu es tombé ! C’est l’enfer”.

Vous auriez pu tout aussi bien aborder “la virilité du barbecue”, “l’écriture inclusive”, “la gorge qui grattions”, “les yeux qui brulions” ou “le droit à la paresse”, questions évidemment primordiales pour le devenir de notre République, évoquées récemment par celle que nous ne connaissions pas encore voilà un peu plus de deux ans. Mais, peut-être pour avoir chanté “Être une femme”, “Je vais t’aimer”, “Tu te reconnaîtras” ou “Une fille aux yeux clairs”, vous avez cru bon de vous indigner en utilisant ce langage qui est le vôtre et qui ressemble, à bien y regarder, à celui que fredonnent des millions de Français.
Voici quelques mois, je destinais l’un de mes propos hebdomadaires à Alice Coffin qui venait de publier un livre intitulé “Le génie lesbien”. Celle qui est élue Conseillère à Paris et qui défendit la candidature de Rousseau à la primaire écologiste en 2021, suggérait d’éliminer les hommes “de nos esprits, de nos images, de nos représentations”. Je lui avais alors fait part de mon émotion à l’idée que nous ne pourrions bientôt plus écouter Brel implorer Mathilde, Brassens célébrer Fernande ou vous-même regretter vos Marie-Jeanne qui, soit dit en passant, furent aussi un peu les nôtres. Nous pouvons à ce titre nous demander dans la fumée de nos Gitanes et dans les abimes de nos petites sociétés “que sont nos amours devenues et pourquoi nos rêves se sont-ils perdus”. Oui, perdus dans le lacis d’une certaine radicalité et dans l’entre-soi de quelques relais d’opinion qui sont à Lutèce ce que l’aligot est sur l’Aubrac, autrement dit une purée qui file tant qu’elle est chaude (la saveur et la convivialité en moins).