
Editorial de Bernard Lugan
Le mensonge de la « colonisation pillage »
Le mensonge de la « colonisation-pillage » repose sur l’idée que ce serait grâce aux colonies que l’Europe se serait enrichie.
Si
ce postulat était vérifié, la richesse se mesurerait alors à l’aune des
immensités impériales de jadis. Le Portugal qui n’a décolonisé qu’en
1975, devrait donc être une grande puissance industrielle mondiale et
l’Allemagne qui a perdu ses colonies en 1918, une sorte de pays du
tiers-monde...
Or, jusqu’à ces
dernières années, les pays les plus riches et les plus développés
étaient au contraire ceux qui n’avaient jamais eu d’empire colonial,
comme les Etats-Unis, la Suède et la Suisse, ou ceux qui avaient eu la «
chance » de le perdre « tôt » comme l’Allemagne en 1914-1918 ou la
Hollande au lendemain de la seconde guerre mondiale.
En
revanche, la Grande-Bretagne et la France, qui étaient les deux
principales puissances coloniales étaient à la traîne. Elles l’étaient
car des sommes colossales avaient été dilapidées outre-mer, ce qui
avait freiné la modernisation et la mutation des industries et des
équipements métropolitains.
Contrairement
à ce que postulait Jules Ferry, les colonies furent, en effet, loin
d’être « une bonne affaire », sauf pour quelques secteurs, le plus
souvent moribonds, de l’économie française.
En
France, ce fut un journaliste, Rammond Cartier, qui osa le premier, en
1956, enfreindre le tabou de l'unanimisme colonial en écrivant dans
l'hebdomadaire Paris Match :
« La
Hollande a perdu ses Indes orientales dans les pires conditions et il a
suffi de quelques années pour qu’elle connaisse plus d'activité et de
bien-être qu'autrefois. Elle ne serait peut-être pas dans la même
situation si, au lieu d'assécher son Zuiderzee et de moderniser ses
usines, elle avait dû construire des chemins de fer à Java, couvrir
Sumatra de barrages, subventionner les clous de girofle des Moluques et
payer des allocations familiales aux polygames de Bornéo. »