Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, Catherine Champrenault, procureur générale de la cour d’appel de Paris, veut aider les victimes à retrouver une image positive d’elles-mêmes et punir sévèrement ceux qui les exploitent.
Catherine Champrenault, procureur générale de la cour d’appel de Paris
« Le 6 avril 2018, le tribunal correctionnel de Créteil a condamné plusieurs hommes à des peines allant de deux à six ans d’emprisonnement pour avoir prostitué des jeunes filles rencontrées dans leur quartier.
Ce dossier n’est pas isolé.
Depuis quelques années, aux côtés des réseaux criminels étrangers de traite d’êtres humains, les affaires portant sur des faits de proxénétisme des cités se multiplient.
L’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) a noté de très fortes augmentations de la prostitution des mineurs depuis 2014.
Elle procède à la fois d’une avidité pour l’argent et d’une banalisation à l’extrême de l’acte sexuel exacerbée par l’explosion de la pornographie.
L’activité, considérée comme lucrative et peu complexe, attire des jeunes qui entretiennent des situations d’ambiguïtés amoureuses laissant aux jeunes filles l’illusion de croire qu’elles ne sont pas des prostitués et aux garçons, qu’ils ne sont pas leurs proxénètes.
Ils se décrivent comme des lover-boys et des escort-girls, grisés par ces revenus importants.
Les cadences se font plus pressantes et l’entreprise, initialement consensuelle, se transforme en un rapport d’asservissement pervers.
Pour la personne prostituée, au départ consentante, mais choisie parmi les plus vulnérables, le piège se referme.
Déscolarisée, souvent droguée, objet d’un chantage affectif et financier, elle va peu à peu s’isoler, perdre son estime de soi et être prise dans un engrenage.
Une descente aux enfers.

